CHAPITRE X.

Dolet imprimeur. — Son mariage. — Naissance de son fils Claude. — Premières productions de sa presse.

Quelque temps après cette funeste aventure du meurtre de Compaing, Dolet parvint à obtenir un privilége de dix ans, qui lui bailloit licence, au nom du roi, «d’imprimer ou de faire imprimer tous les livres par luy composez et traduicts, et aultres œuvres des autheurs modernes et anticques, qui par luy seroient deuement reveus, amendez, illustrez ou annotez, soit par forme d’interprétation, scholies, ou aultre déclaration, tant en lettres latines, grecques, italiennes, que françoyses.»

Ce document est daté de Moulins, le 6 mars 1537, et signé par le roy, monseigneur le cardinal de Tournon présent. Ce prélat avait été l’introducteur de Dolet auprès de François Ier, et en avait dit à ce prince trop plus de bien, comme nous l’apprend Estienne lui-même. Nous verrons dans la suite à quoi aboutirent ces bienveillantes dispositions de l’Éminence.

C’était, du reste, comme on le voit, un privilége très-avantageux pour le temps; mais les circonstances ne permirent pas à Dolet d’en faire immédiatement usage. Il dut, avant tout, sortir de prison; puis, une fois libre, il lui fallut achever la publication du second volume de ses Commentaires, in-folio de 1716 colonnes (sans compter 32 feuillets de pièces liminaires), qui parut en 1538, après avoir pris naissance, comme son frère aîné, sous les admirables presses de Sébastien Gryphius[97].

Outre ces deux premiers volumes, notre infatigable Estienne en promettait un troisième et dernier, où, comme il le disait lui-même, en tête du 1er livre de ses Poésies latines, à son ami Claude Cottereau (plus tard le parrain de son petit filz Claude, ainsi que nous le verrons tout à l’heure), «il se réservait de donner toute la mesure de son génie, toute celle de son jugement, en fait de style et d’éloquence». Sa mort cruelle et prématurée l’empêcha de réaliser ce cher projet; j’imagine seulement que l’on peut regarder comme des fragments de cette œuvre colossale,

(Pendent opera interrupta, minæque