— « Le capitaine ? par-dessus bord, après nous avoir entraînés dans ce gâchis. » Le second aussi, supposait-il. Un autre imbécile. Pas d’importance. Tout le monde allait bientôt les rejoindre.
Le maître d’équipage se traîna en dépit de l’opposition du vent ; non pas qu’il s’attendît beaucoup à trouver quelqu’un, raconta-t-il plus tard, mais simplement pour s’éloigner de « cet homme-là ». Il partit en rampant comme un proscrit qui affronte un monde inclément. D’où son immense joie en trouvant Jukes et le capitaine.
Mais, à ce moment, ce qui se passait dans l’entrepont était devenu pour lui d’une importance secondaire ; de plus, il était difficile de se faire entendre. Il s’arrangea pourtant de manière à transmettre la nouvelle que les Chinois étaient bousculés à la dérive, eux et leurs coffres, et qu’il était monté tout exprès pour faire ce rapport. L’équipage du moins était à l’abri. Puis, apaisé, il s’affaissa sur le pont dans une posture accroupie, étreignant de ses bras et de ses jambes le pilier du transmetteur d’ordres de la chambre des machines, un tube de fer aussi gros qu’un poteau. Quand ceci partirait, eh bien ! il ne lui resterait plus qu’à partir lui aussi. Et il cessa de penser aux coolies.
Le capitaine Mac Whirr avait fait comprendre à Jukes qu’il devait descendre là, en bas — pour se rendre compte.
— « Et qu’est-ce que j’y ferai, capitaine ? » Le tremblement de tout son corps mouillé fit vibrer la voix de Jukes comme un bêlement.
— « Voyez d’abord… Maître d’équipage… dit : à la dérive.
— Maître d’équipage… un sacré imbécile », hurla Jukes de sa voix grelottante.
L’absurdité de ce qu’on exigeait de lui le révoltait. Il était aussi peu disposé à y aller que s’il avait eu la certitude que le bateau coulerait au moment où il quitterait le pont.
— « Je dois savoir… ne peux pas quitter.
— Ils vont s’arranger, capitaine.