Le corps de l’homme de barre avait légèrement bougé, mais sa tête était restée dressée sur son cou — fixe comme une tête de pierre sur une colonne. Durant un coup de roulis qui sembla lui faucher les jambes, et tandis qu’il trébuchait pour se remettre d’aplomb, le capitaine Mac Whirr déclara avec austérité :

— « Ne faites pas attention à ce que dit cet homme. » Puis, avec un indéfinissable changement de ton : « Il n’est pas de quart. Très grave ! »

Le marin ne répondit rien.

L’ouragan, grondait, secouant la petite cabine qui semblait étanche à l’air, tandis que la lumière de l’habitacle vacillait sans arrêt.

— « On ne vous a pas relevé », continua le capitaine Mac Whirr en baissant les yeux. « Je voudrais pourtant que vous vous cramponniez à la barre aussi longtemps que vous pourrez tenir. Vous l’avez bien en main. Quelqu’un d’autre venant ici pourrait tout gâcher. Faudrait pas. Pas un jeu d’enfant. Et l’équipage est probablement occupé à quelque chose là en bas… Croyez-vous que vous pourrez ? »

Le servo-moteur se mit soudain à donner de courtes saccades, puis stoppa, et sembla se retirer en lui-même, concentrant son énergie comme une braise sous la cendre. L’homme, en arrêt, au regard figé, éclata, et toute la passion de son corps semblait s’être concentrée sur ses lèvres :

— « Au nom du ciel, capitaine, je peux tenir jusqu’à la consommation des siècles si seulement on ne me parle pas.

— Oh ! bon ! très bien… » Pour la première fois le capitaine regarda l’homme. « … Hackett. »

Il parut classer l’affaire dans son esprit. Il se pencha vers le porte-voix de la chambre des machines, souffla dedans et inclina la tête. M. Rout, d’en bas, répondit et le capitaine Mac Whirr mit immédiatement ses lèvres à l’embouchure.

Il y appliqua alternativement ses lèvres et son oreille, tandis que la tempête l’environnait de son fracas ; et la voix du mécanicien monta vers lui, âpre, comme dans le feu d’un combat. Un des chauffeurs mis hors de service, les autres fourbus, et l’homme de la chaudière auxiliaire chargeait les foyers avec l’homme du petit-cheval. Le troisième mécanicien surveillait le registre. On tenait en main les machines.