Elle fit entendre un petit rire. La figure de la fillette exprima une indifférence distraite, et Mme Mac Whirr la contempla avec fierté.

— « Va mettre ton chapeau » dit-elle au bout d’un instant. « Je sors faire des courses. Il y a une exposition de blanc chez Linom.

— Oh ! quelle chance ! » s’écria l’enfant d’un ton subitement grave et vibrant, en bondissant hors de la chambre.

C’était un bel après-midi de ciel gris ; les trottoirs étaient secs. Devant la porte du magasin de nouveautés, Mme Mac Whirr salua d’un sourire une femme à l’allure de matrone, aux formes généreuses, vêtue d’un manteau noir, cuirassé de jais. Une couronne de fleurs artificielles s’épanouissait au-dessus de sa face bilieuse. Ces dames se précipitèrent au-devant l’une de l’autre, s’exclamant ensemble et se mirent à caqueter de conserve avec une précipitation qui faisait croire que peut-être la rue allait s’entr’ouvrir et avaler leur plaisir avant qu’elles n’aient achevé de l’exprimer.

Derrière elles les hautes portes de verre du magasin battaient sans répit. Mais ces dames obstruaient le passage. Des messieurs patientaient poliment. Quant à Lydia elle était tout occupée à piquer le bout de son parapluie entre les dalles du trottoir. Mme Mac Whirr parlait avec volubilité :

— « Je vous remercie. Non ; il ne revient pas encore. C’est triste, naturellement, de ne pas l’avoir avec nous ; mais c’est si réconfortant de savoir qu’il se porte bien. »

Mme Mac Whirr reprit haleine.

— « Le climat de là-bas lui convient si bien » ajouta-t-elle radieuse, comme si le pauvre Mac Whirr eût été faire un tour en Chine pour raison de santé.


Le mécanicien en chef ne revenait pas encore, lui non plus. M. Rout connaissait trop bien la valeur d’un bon poste.