Enrageant de notre impuissance, nous essayons de nouveau de l'emporter à force de bras.

Une autre charge, plus furieuse encore que les précédentes, nous aborde comme un ouragan, et, cette fois, c'est fini; le pauvre capitaine, qui respire encore, est au mains de l'ennemi. L'instant de répit qui suit cette dernière attaque me permet de voir son cadavre, entouré de quelques fantassins ennemis qui lui défoncent le crâne à coups de bâton.

Des pleurs de rage me brûlent les yeux, et, m'élançant avec quelques hommes, je tombe sur ces bêtes féroces, et je perds connaissance…

Quand je reviens à moi, le lieutenant du 4e bataillon me tâte par tout le corps; mais, chose inouïe, je ne suis pas blessé. Un coup de matraque sur la tête m'avait simplement étourdi.

L'ennemi s'est retiré à quelques centaines de mètres pour se reformer.

Chez nous, près de la moitié de notre effectif gît sur le sable. Les débris des fractions éloignées nous ont rejoints.

Mon lieutenant est tué: son corps est sur un cacolet.

Mon sous-lieutenant a une balle dans l'épaule.

Tout n'est pas désespéré cependant. Les insurgés comptent probablement deux ou trois mille combattants, et nous, près de deux cents; mais nous sommes réunis.

Il nous reste dix mulets d'ambulance inoccupés, et chaque homme possède encore environ soixante cartouches.