Nous sommes au sommet d'une dune, et le lieutenant du 4e bataillon, qui a pris le commandement, décide la retraite avec la marche en carré.
Le cadavre de mon capitaine est décidément abandonné: impossible de l'enlever.
Je m'examine un peu. Mon uniforme est en lambeaux, je suis couvert de sang, et j'ai les mains et le visage écorchés. La tête me fait un mal intense, et j'ai perdu mon képi, mon sabre et mon revolver. Je me trouve avec un fusil entre les mains, et je ne me rappelle pas où je l'ai ramassé.
La retraite commence.
Nous marchons pendant trois ou quatre cents mètres, et nous subissons une nouvelle attaque qui nous abat trois hommes.
Il est inutile de décrire chaque phase successive de notre marche. Il suffit de dire que nous parcourons une vingtaine de kilomètres repoussant de nombreuses charges ennemies, qui réussissent presque toujours à nous faire perdre un ou deux hommes.
Vers cinq heures du soir, nous sommes à cinquante kilomètres de la colonne de Négrier.
L'ennemi jugeant probablement que cette proximité est par trop dangereuse pour lui, fait un suprême et dernier effort; mais il est repoussé, comme toujours.
Cette dernière attaque nous coûte notre lieutenant, qui reçoit une balle dans l'aine. Il a cependant la force de nous donner l'ordre de camper où nous sommes: une petite hauteur bien propre à une résistance énergique.
Comme il est probable que la colonne d'Aïn-ben-Khélil a été avertie, nous attendrons ici les secours.