D'ailleurs, impossible d'aller plus loin. Les mulets de l'ambulance sont presque tous atteints, et les cacolets sont encombrés de cadavres ou de blessés.

Nous nous établissons solidement sur notre mamelon, attendant l'ennemi, qui ne revient plus. Nous pouvons voir, par instants, quelques cavaliers apparaître çà et là, soit pour prendre la selle d'un cheval tué, soit pour saisir les chevaux sans maître, soit pour enlever un mort.

Nous ne les inquiétons pas, ménageant les quelques munitions qui nous restent pour nous défendre.

Les pertes ennemies doivent être nombreuses, car à chaque feu de salve on voyait une vingtaine de burnous rouler par terre, et Dieu sait si nous avons tiré! Mais le nombre finit fatalement par avoir raison du courage. Pour dix ennemis tués, nous avons chez nous un cadavre. Toute proportion gardée, nous perdions plus de monde que les insurgés.

La nuit se passe dans des transes continuelles et dans de bien pénibles réflexions.

Les hommes causent à voix basse et comptent leurs cartouches.

Le lieutenant, quoique très-grièvement touché, ne l'est cependant pas d'une manière nécessairement mortelle.

Les blessés, muets et presque tous mourants, reçoivent des soins sommaires.

La nuit, devenue très-fraîche, occasionne de violents frissons à tout le monde. La réaction du combat laisse aussi aux hommes un abattement fébrile.

Nous faisons l'appel. Il manque mon capitaine, mon lieutenant et quarante hommes tués: les deux autre officiers et trente-huit hommes sont blessés.