LA FLUTE

Je préfère voyager autour de ma tente que de voyager avec elle. Ce qui veut dire, en termes plus clairs, que je suis heureux quand je suis en station.

Quel mauvais génie me pousse toujours dans les aventures! je rabâche encore ici mes tendances à la vie tranquille, et, franchement, je suis honnête dans ce que je dis. Je commence à croire que quinze mois de campagne, sans voir une maison, une ferme, un arbre, une table, une chaise, enfin autre chose que le ciel, le plaine et des soldats, sont amplement suffisants pour satisfaire un seul homme aux goûts modestes.

Me voilà de nouveau installé dans ma petite tente, et, après ma terrible expérience du schott Tigri, je puis voyager hardiment.

J'avais perdu mon sabre, mon revolver et mon képi, et ces trois utiles ornements me manquaient beaucoup.

J'eus le bonheur de retrouver les deux premiers, mais mon malheureux képi eut une fin digne de sa profession. Malgré mes recherches, il fut décidément perdu; les dunes de sable furent pour lui un tombeau.

J'en ai un autre qui n'a pas d'histoire; aussi je préfère n'en rien dire.

Mon sabre est rouillé, sale, abandonné.

Mon revolver, grave maintenant, puisqu'il a fait ses preuves, est en train de devenir brillant.

Je n'en suis pas bien sûr, mais je crois que le gaillard a sur la conscience autre chose que de petits trous dans des ronds noirs à la cible. Il pourrait bien se faire que de malencontreux indigènes se soient trouvés en face de son canon menaçant. Quoi qu'il en soit, je le respecte maintenant et lui donne les premiers soins.