Mon sabre est d'une médiocrité humiliante. Son brillant lui reviendra dans un temps à venir.
Mon sac a été troué par une balle. Je le vide.
Ah! voilà ma flûte!
Je trouve ce doux instrument, au fond, bien loin, dans un recoin oublié. Ceci explique l'abandon où j'ai dernièrement laissé cette compagne de quinze ans. Ma pipe et ma flûte sont toujours restées fidèles à leur maître. Depuis notre accointance au Texas, elles ne me quittèrent pas d'une semelle.
Dans ma tendre jeunesse, comme j'avais tous les talents, mon papa pensait, après m'avoir sondé de son oeil de lynx, que je deviendrais un fameux musicien.
En conséquence, il me paya un terme au professeur de musique, et me voilà tapotant le piano.
C'était très-beau pendant les heures d'étude, mais fort désagréable les jours de congé.
A mes nombreuses aptitudes, se joignaient encore la passion des jeux de barres, de crosse et de balle. Je rageais quand, perdu avec un piano dans une immense salle, j'entendais les cris des camarades dans la cour. Je faisais deux gammes et j'allais à la croisée.
Un jour, n'y tenant plus, pif! paf! je brise une partie du clavier.
Piteux, je me sauve, craignant l'orage. Les cris des camarades, jouant aux barres, n'ont plus, après mon méfait, les mêmes charmes qu'auparavant. Je comprends tout de suite que je payerai cher ma mauvaise humeur.