Fourré dans un coin du corridor, il me semble, à chaque pas que j'entends, voir apparaître la face grave et sévère de notre directeur. Enfin je m'échappe, chassant les idées sombres.
Malgré mes efforts, je suis triste comme la nuit. L'entrain me manque, et le jeu de barres a perdu son attrait.
Bientôt, j'entends appeler mon nom. Je pousse un soupir de soulagement, préférant une situation claire à l'incertitude qui m'étreint.
On me punit sévèrement, mon papa paya le clavier, et je fus à tout jamais délivré des études de musique.
Voilà pourquoi je ne suis pas pianiste.
J'en avais assez appris cependant pour savoir ce que c'était que la clef de fa. En outre, je pouvait très-bien exécuter une gamme, en passant le pouce sans déranger la fixité du poignet. On n'avait pas d'appui-main au collège, et la gymnastique des doigts était fort ennuyeuse.
Plus tard, étant campé dans les prairies du Texas, près du Fort-Concho, je devins possesseur d'un piccolo.
Mes fonctions de secrétaire du général me laissant de nombreux loisirs que j'employais à bâiller méthodiquement, ce piccolo fut un monde pour moi.
Je me mis tout de suite à souffler dedans avec une ardeur inquiétante. Ayant saisi les sons de trois notes, mon ambition ne connut plus de bornes.
J'assiégeai de demandes de méthodes les marchands de musique de Boston, de New-York et de la Nouvelle-Orléans. Des cargaisons m'arrivèrent bientôt, et, après six mois d'études approfondies, je parvins à jouer A la claire fontaine! comme pas un.