Nous verrons si j'ai été bon prophète.

Quoique très-heureux d'avoir fait cette prédiction, sur l'accomplissement de laquelle je compte beaucoup, je reviens cependant au 21 avril 1881, jour où nous reçûmes l'ordre, à midi, de partir le lendemain matin, à quatre heures, avec cent cinquante hommes par compagnie, soit six cents hommes par bataillon.

Daya, petite ville située à cent cinquante kilomètres au sud d'Oran, était le point de concentration.

Il faut avoir appartenu à l'armée pour bien se faire une idée du brouhaha de la veille d'un départ précipité. Ce ne sont que chassés-croisés, courses échevelées à faire perdre la tête. Les ordres pleuvent dru comme grêle, et le pauvre sergent-major supporte, presque à lui seul tous les ennuis d'assurer un départ sans rien oublier.

Enfin, on est en route.

Il fait encore nuit sombre. Les claquements de fouet, les aboiements de chiens, les mille bruits qui accompagnent toujours les mouvements de grandes foules, annoncent seuls que le bataillon est en marche.

Une teinte légère et pâle colore bientôt le ciel. Peu à peu la lumière du jour se dégage des ténèbres, et la colonne apparaît dans toute la simplicité de ses six cents hommes arpentant le sol du désert.

Le capitaine, guidant la première compagnie, est à cheval et fume stoïquement sa cigarette.

Le lieutenant et le sergent-major marchent en tête de chaque rang et donnent le pas.

Le sous-lieutenant surveille la gauche.