Les chansons recommencent. Timides d'abord, elles deviennent de plus en plus gaies, au fur et à mesure que la distance à parcourir devient plus courte. Elles cessent tout à fait au moment de se former en ordre régulier pour passer dans un village quelconque, quand on en trouve.
En entrant au gîte, les hommes, accablés de fatigue, trouvent en eux le courage de redresser la tête et de marcher allègrement, en chassant de leur apparence tout idée de fatigue.
Ils font ainsi croire aux quelques faméliques badauds qui les admirent que marcher des journées entières avec soixante livres pendues aux épaules est une chose complètement à dédaigner.
Le camp délimité, les emplacements des avant-postes marqués, les compagnies forment les faisceaux.
Les rangs rompus, une activité extraordinaire s'ensuit.
Les uns courent à l'alfa pour la literie; les autres dressent les tentes. Ceux-ci cherchent du bois pour les cuisines; ceux-là allument les feux.
Par tout le camp, ce ne sont que cris, ordres, sonneries… Une heure après, tout est calme.
Seuls les cuisiniers surveillent la soupe, qui sera bientôt servie chaude.
Ce régal englouti, chacun regagne sa tente, et le lendemain c'est à recommencer.
Des jours, des semaines, des mois, il en est ainsi.