Prompts comme l'éclair, les cavaliers se précipitent à l'instant de tous les points de l'immense terrain de manoeuvre. Dans leur course oblique pour se rassembler au chef, deux d'entre eux se heurtent l'un contre l'autre. Les chevaux assommés du choc, roulent sur le sol. Les cavaliers arrachés de leur selle, sont lancés de plusieurs pieds en l'air et retombent insensibles. On les relève. Des flots de sang les inondent. Ils meurent à l'hôpital la nuit suivante.

Les camarades ne sont nullement impressionnés de ces accidents. A la manoeuvre suivante, ils apportent la même insouciance dans leurs allures, et continuent, comme par le passé, à se moquer de toute prudence.

La colonne admire, sans s'arrêter, l'adresse et la grâce des jouteurs, jette un regard de convoitise sur le groupe des femmes, et nous défilons devant la mariée, qui entr'ouvre sournoisement son haïk pour regarder les lascars.

Cet incident jette une agréable diversion sur la marche de la colonne.
Ça défraye les causeries et fait oublier une heure.

Lorsque les troupes voyagent en pays habité, des événement d'un autre genre marquent quelquefois notre passage.

Je fus le héros d'une petite aventure, dont le dénoûment, quoique correct, ne m'apporta pas toute la satisfaction que j'étais en droit d'en attendre.

Il est un fait avéré que le troupier en route a toujours faim; tellement que, maintes fois, je me suis moi-même trouvé à point de dévorer l'arrière-train d'un animal, de quelque taille qu'il fût. Aussi, malheur à tout mouton, chèvre ou autre, qui a la malencontreuse fantaisie de venir dans nos parages.

La maraude est sévèrement défendue cependant, et les officiers et sous-officiers ont des ordres précis pour faire exécuter cette prescription.

Nous étions sur la lisière d'une forêt de broussailles.

Un douair arabe avait planté ses pénates dans les environs.