En face de l'église, le terrain descend en pente roide.

L'hiver, c'était le rendez-vous des gamins pour les glissades. Nous faisions le désespoirs des passants.

Un de nos grands camarades s'avise un jour d'y amener une longue traîne [1]. Nous nous fourrons une quinzaine dedans. Nous partons comme une flèche, et le conducteur, n'ayant pas la force de diriger un projectile pareil, nous lance sur la clôture du député.

[Note 1: Sorte de grand traîneau.]

Deux gamins se font des blessures assez graves. Un rassemblement se forme à l'instant. Les coupables disparaissent tout de suite, comme par enchantement laissant dans la brèche la pièce conviction. Quelle terreur pour la bande!

Le député sort de chez lui, s'emporte violemment et menace les coupables de la prison de Réforme.

Diable! briser la haie d'un député, c'était terrible, et nous, dans notre ignorance, nous n'avions pas attaché assez d'importance à cette grave affaire.

On ne glissait plus devant l'église depuis cet événement. Et chaque fois que je rencontrais le député, je rougissait de mon mieux. M'a-t-il pardonné le trou dans sa haie?

Le moyen de voler les pommes sans être pincé fut inventé, je crois, par un de mes compatriotes. Il prenait une longue gaule, à l'extrémité de laquelle il attachait un crin à noeud coulant.

Sous prétexte d'attraper des oiseaux, il contournait les vergers, fouillait les arbres, et, choisissant le plus beau fruit, il le décrochait vivement.