J'avais ma part dans l'opération, et, quoique laissant mon camarade agir comme plus adroit, je lui désignais les pommes à saisir. Elle étaient toujours d'un savoureux exquis.

Le temps des noix amères amenait un autre genre d'occupation: la chasse aux suisses. C'est un petit rongeur, genre écureuil, qui se loge dans les clôtures de pierre.

Le point de rassemblement était toujours la maison d'un ami, dont le père était bon pour les petits compagnons. Les pères ne sont pas toujours bons. Témoin quelques-uns qui nous recevaient à coups de fouet; ce qui manquait d'encouragement. Le père de mon ami Lozeau était très-complaisant et ne se servait jamais du fouet. Nous nous réunissions donc chez lui, et de là partions en chasse, par un jour de congé.

Arrivés aux champs, chacun ouvrait l'oeil, et, le premier suisse découvert, nous chargions en fourrageurs.

L'un guettait une passe avec une pierre énorme; l'autre fouillait un trou avec un bâton. Celui-ci, les manche retroussées, attendait le gibier pour le frapper au passage; celui-là surveillait les environs.

Le voilà! et tout le monde de courir, de crier à tue-tête.

On en pinçait quelques-uns, le plus souvent on les manquait.

Ensuite nous allions aux noix.

Nous devenions à l'instant mystérieux. Le propriétaire ne badinait pas et défendait l'entrée de sa propriété aux amateurs de noix. Grimpant sur les arbres quand même, nous bourrions consciencieusement nos poches, nos chemises, nos casquettes.

Voilà M. Désormeaux!