Près de la source de cette petite rivière, s'élève un barrage solide qui retient les eaux au printemps, à la fonte des neiges. Ce barrage est interrompu au milieu par une écluse qui s'ouvre, non-seulement pour donner passage aux eaux, mais encore pour laisser sortir les bois que le courant charrie comme une avalanche, à travers les rapides.

Telles sont à peu près les dispositions générales pour la drave du printemps. Cependant, quelquefois les bois peuvent être amenés directement à une grande rivière, quand les chantiers d'hiver n'en sont pas trop éloignés.

A notre arrivée au lac Ouareau, nous constations que la surface en était encore gelée. Il fallut scier un passage à travers ce pont artificiel. Quinze jours entiers furent employés à cette besogne, extrêmement fatigante. Voici la manière de procéder.

Calculant la largeur nécessaire, on scie la glace sur toute la surface à canaliser. Les morceaux sont ensuite saisis et plongés sous les bords du canal au moyen de gaffes, le passage se trouve ainsi libre.

Une fois cette importante opérations terminée, il s'agit de pousser avec des perches les billots dans le couloir ainsi obtenu après tant de peines.

Chaque flotteur fait rouler à l'eau une dizaine de morceaux de bois et les pousse devant lui jusqu'au barrage.

Lorsque tous les billots sont amassés près de l'écluse, deux hommes adroits se postent, un de chaque côté du passage. Ils n'ont pas une mince besogne, car il s'agit d'empêcher toute pièce de bois de se présenter en travers à la sortie.

Pour cela, il faut avoir bon pied, bon oeil, une grande vigueur corporelle, et surtout un longue habitude de ce travail, car il est facile de se figurer la force, l'impétuosité des eaux s'écoulant par l'étroite écluse. Le niveau du lac dépasse souvent de dix pieds celui de la petite rivière. Si par malheur un morceau de bois arrivait en travers, il occasionnerait une jam dans l'écluse; ce qui amènerait de graves retards et souvent de sérieux accidents.

Deux hommes restent donc près du déversoir du barrage.

Les autres sont échelonnés de distance en distance sur tout le parcours de la petite rivière,—deux ou trois milles.—jusqu'au grand cours d'eau, dans lequel flottent librement les bois, que d'immenses booms [8] reçoivent à destination, où les propriétaires font faire le triage.