Sur le front de chaque compagnie, on a creusé un grand trou circulaire, au fond duquel on allume des feux. Un rempart de sable protège les causeurs des intempéries du climat, qui est très-froid par une nuit d'hiver. Les parois de l'excavation sont garnies d'une banquette aménagée pour servir de sièges aux hommes, qui se chauffent avant de se retirer sous la tente.
Ces feux de bivouac sont le rendez-vous des blagueurs et des loustics.
Les chanteurs y donnent quelquefois de brillants concerts. Les Suisses et les Allemands excellent dans ce genre d'occupations. Ils forment des choeurs très-harmonieux.
Les échos des montagnes du Sud-Oranais eurent souvent l'occasion de répéter les chants belliqueux des troupes hétérogènes qui composent la légion étrangère.
Par une nuit bien sombre, lorsque les feux de bivouac fouettent le vide noir et estompent leur lumière sur les faces brunies, le spectacle de ces rassemblements tient de la fantasmagorie.
Les costumes sont variés; quelques chasseurs d'Afrique se mêlent aux zouaves et aux légionnaires. Par ci par là, un artilleur jette sur l'ensemble la note sombre de son uniforme sévère.
Les causeries roulent sur les marches précédentes et sur les entreprises probables de l'avenir. Les chefs sont ensuite passés au crible de la critique plus ou moins éclairée du troupier.
Parfois un grand silence se fait, et tous les yeux sont fixement pointés sur la lueur capricieuse des feux. Les pipes fument avec ardeur, et chacun réfléchit au bonheur de ce monde.
Puis l'heure avance.
Quelques-uns se retirent discrètement.