Enfin, lassés, énervés, les retardataires se décident à se fourrer sous la tente.
Le lendemain, ça recommence.
Des jours, des semaines, des mois entiers, il en est ainsi.
Et quand l'ordre annonce un départ, tous respirent. Car on se fatigue plutôt du repos que des marches. Celles-ci éreintent le soldat, mais chassent l'ennui; tandis que le repos donne prise à la réflexion, de là souvenirs cuisants, idées sombres, désoeuvrement, apathie.
La nature se donne quelquefois le plaisir d'émoustiller une colonne campée. Elle agit sous forme de vent ou de pluie.
Les tempêtes de vent déracinent les tentes, et en sèment le contenu aux quatre points cardinaux. La pluie écrase ces mêmes tentes et amène des résultats identiques, sous une autre forme.
L'an passé, mon bataillon se rendait de Géryville à Mascara. Nous avions un jour de repos à Saïda, petite ville qui se trouve à trois étapes au sud de Mascara.
J'employai cette journée à assommer des poupées.
Voilà un amusement assez bizarre! dira-t-on. Ma foi, oui, j'en conviens.
Mais, étant sanguinaire par tempérament,—j'ai peut-être dit le contraire plus haut,—et n'ayant rien à détruire, dans les conditions déplorables de paix où nous vivions alors, j'éteignais ma rage sur d'innocents jouets.