Nous marchions, nous marchions, nous marchions sans cesse. Pas une parole, pas une chanson n'égayait le trajet.

Un cuisinier, loustic de ma compagnie, avait réussi,—je ne sais et je n'ai jamais su comment,—à faire du café. Se faufilant dans les rangs, sa marmite au bras, il servait aux camarades de ce breuvage, nectar mille fois délicieux.

En ayant reçu un quart, je fus un peu ravigoté… Et la pluie tombait, tombait, et superlativement.

Des ruisseaux, prenant source sur les képis, coulaient le long des habits. Chaque homme ressemblait à un arrosoir ambulant.

Quel contraste entre cette promenade mouillée et celle que je faisais sur cette même route quelques années avant: j'étais pékin, alors. Je voyageais en diligence, et j'avais pour compagne une houri avec tous les yeux noirs possibles.

J'ai une démangeaison terrible de raconter cette aventure, mais je me retiens.

Le calendrier marquait alors 18.., et nous sommes en 18… Puis-je l'oublier, grand Dieu, en voyant ce que m'entoure!

Enfin, nous voilà à l'étape.

Le camp délimité, pas un homme ne bouge. Tous s'entre-regargent d'un air hébété.

A nos pieds, de la boue jusqu'aux chevilles. Au-dessus de nos têtes, des nuages et une pluie… toujours surabondante.