Une étape, d'une vingtaine de kilomètres, permet encore de dédaigner le sac, mais trente-cinq l'alourdissent, et en approchant de la cinquantaine, il devient tout à fait exigeant.

J'écris un peu d'après mon expérience personnelle. Cependant, toute abstraction faite du sentiment égoïste, je ne crois pas mentir en affirmant que j'exprime, à peu de chose près, l'opinion générale.

Le soldat s'est moqué, se moque encore et se moquera toujours du sac, à qui il applique toutes sortes de noms dérisoires: emplâtre, as de carreau, Azor, etc.

Quelquefois, un troupier bien fatigué l'interpelle pendant une halte.
Mettant le pied dessus, il lui demande, d'un petit air engageant:
«Veux-tu me porter maintenant? Il y a bien assez longtemps que je le
fais. A ton tour.»

Le sac, restant calme et digne, ne répond pas, comme vous le pensez bien, du reste.

A la halte suivante, un autre soldat facétieux dit aux camarades qui l'entourent: «Ce n'est pas le sac qui me fait mal, ce sont les bretelles.»

Cette farce, lancée je ne sais combien de fois, trouve toujours écho chez les auditeurs, qui rient jaune. Bien entendu, le sac reste digne et ne répond toujours pas.

L'épithète pharmaceutique s'applique quand on veut réunir le camarade et son sac dans une même insulte:

«Regardez-moi donc ce type, il doit être rudement malade, quel emplâtre dans le dos!»

Le soldat interpellé se charge de répondre pour lui et pour son sac. Je vous fais grâce de ses répliques.