Tel apparaît à la meute qui le traque le sanglier acculé à sa bauge. Ses poils, frémissant sous l'action de la rage, ondulent, secoués par sa respiration haletante; ses flancs se gonflent et bondissent, en saccades entrecoupées; ses pattes, cambrées obliquement, sont prêtes à donner l'élan; son groin, armé de dents féroces, hume l'air avec feu et défie, par son attitude arrogante, la foule entière des chiens ébahis.

Ceux-ci s'arrêtent un instant, comme bouleversés de tant d'audace, mais se ruent bientôt sur lui et le mettent en pièces.

Tel apparaît aux fourmis ahuries l'indomptable cafard, héros de ce drame.

L'attaque ne se fit pas longtemps attendre.

Blessées dans leur orgueil de vainqueurs, les fourmis se précipitent en foule, le roulent et le culbutent en tous sens.

En vain ses membres musculeux frappent-ils à droite et à gauche; en vain sa tête, faisant bélier, se rue-t-elle contre les nombreuses cohortes des fourmis. Inutiles efforts! Il est entouré, écrasé, enlevé, entraîné, et, roulant par terre une dernière fois, il se décide enfin à dire adieu à la lumière.

Une convulsion suprême l'étend sur le dos, ses pattes battent l'air, avec des frémissements de plus en plus lents, et bientôt il ne reste plus qu'un réel cadavre, de ce qui, l'instant d'avant, faisait l'honneur de sa race…

Sait-on si ce tragique cafard n'avait pas un épouse, jeune et belle, qui l'attend, inquiète, au logis?…

Une mère, et un père, vieux et impotents, guettent peut-être son retour, avec la pâture de la journée!… Jeune et brave, son devoir était de nourrir les siens. Il s'en acquittait bien, preuve, la lutte suprême qui lui coûte la vie…

Était-il père?…