Le jeu d'échecs est, paraît-il, très ancien et remonterait à Ou-Wang qui régnait en l'an 1120 avant J.-C. Il ne diffère pas beaucoup, d'ailleurs, du nôtre et renferme les mêmes pièces.

J'ai eu occasion de signaler le dédain qu'a le Chinois pour tout sport qui exige de la force ou de l'énergie. Il n'en était pas ainsi autrefois, lorsqu'il avait à combattre et à lutter pour la conquête intégrale du pays qu'il habite aujourd'hui; il a déployé dans les débuts et au milieu de sa période historique des qualités de force et d'adresse, des vertus militaires qui ne le cèdent en rien à celles d'aucun pays; mais lorsqu'il s'est trouvé seul maître, lorsqu'il n'a plus eu d'ennemis à vaincre, il s'est efféminé, a délaissé les exercices physiques qui font les soldats robustes. C'est à cette époque de paix prolongée qu'il a sans doute trouvé ce proverbe: On ne prend pas de bon acier pour en faire un clou; on ne prend pas un honnête homme pour en faire un soldat.

Il verra sous peu que, si on continue à ne pas prendre de l'acier pour en faire des clous, il faut, de toute nécessité, prendre les honnêtes gens pour en faire les défenseurs du pays. Les pays d'Europe qui ne veulent plus de soldats feront bien de méditer sur l'état de décomposition de la Chine, trop longtemps plongée dans une paix profonde où elle va se dissolvant.

VII.—Le Chinois est essentiellement démocratique; un Chinois est l'égal de n'importe quel autre Chinois; pas de noblesse, pas de titres héréditaires; la seule suprématie, la seule noblesse est celle des lettres, et tout fils du Ciel peut y arriver par son travail et son intelligence. Il est soumis aux ordres impériaux, a le respect du trône et des mandarins que le trône lui envoie pour l'administrer, mais encore faut-il pour obtenir de lui ce respect que les mandarins soient justes et probes. Si un mandarin se conduit mal, par exemple, il sera saisi par les notables, mis dans une chaise à porteurs, avec tous les honneurs qui sont dus à son rang et porté en dehors de la ville; puis une pétition sera adressée au vice-roi de la province pour avoir un remplaçant plus digne de l'emploi. Si, au contraire, un mandarin a mérité l'amour et la confiance du peuple, lorsqu'il quitte sa résidence pour gagner un autre poste, le peuple lui demande respectueusement ses bottes, et, en signe de respect, les suspend à la porte par laquelle il quitte la ville, témoignant par là son désir de le voir revenir.

En général le fonctionnaire chinois ne s'occupe guère de ses administrés, et le peuple fait à peu près ce qu'il veut pourvu qu'il paye ce qu'on lui demande, qu'il se tienne tranquille et laisse le mandarin grossir en paix sa fortune. Cependant, quand un impôt supplémentaire est décidé par le vice-roi pour un motif quelconque (chose qui arrive encore assez souvent), le peuple ne se soumet pas toujours; j'ai vu le cas à Hankeou. Le vice-roi avait décidé que chaque porc tué payerait une taxe provinciale de tant de sapèques pendant tant de temps, afin de subvenir à un besoin quelconque de l'administration. Le jour où on voulut appliquer ce décret à Hankeou, pas un cochon ne fut tué, et cela dura ainsi plusieurs jours; le peuple se priva, mais aucun fonctionnaire n'eut de porc. Or, comme cet animal forme, chair et graisse, la base de la nourriture chinoise, les fonctionnaires et leurs familles furent cruellement privés; rien n'y fit: il fallut rapporter l'édit.

CHAPITRE III

I. Commerce; premières relations avec l'Europe.—II. Principales productions.—III. L'opium.—IV. Le thé.—V. Le coton, les peaux, le musc.—VI. L'industrie; la porcelaine, sa fabrication.—VII. Industrie de la soie.—VIII. L'industrie des métaux; le pétrole, la laque, le vernis.

I.—De tout temps le Chinois a été essentiellement commerçant; les richesses particulières de chaque province de l'Empire et la facilité avec laquelle les marchandises circulent grâce aux nombreux canaux et rivières qui couvrent tout le territoire de leur réseau mouvant, ont rendu le commerce très florissant; chaque province, étant, pour ainsi dire, comme un état indépendant des autres, communique à ses voisines ses ressources, et c'est cet échange incessant de denrées et de produits divers qui unit entre eux les habitants et porte l'abondance dans toutes les villes.

A cet échange se bornait le commerce d'autrefois, avant la venue des Européens. A part, en effet, quelques relations commerciales par les caravanes avec l'Asie antérieure et aussi avec l'Empire romain, les Chinois ignoraient l'Europe. Les véritables relations avec les Occidentaux ne commencèrent d'une façon effective qu'à l'avènement de la dynastie actuelle des Tsing (traité avec la Russie 1689; mission de lord Macartney 1795; ambassade de lord Amherst 1816).

Dès 1702, la Compagnie anglaise des Indes avait envoyé à Canton un agent avec le titre de consul; les Hollandais et les Portugais faisaient le commerce à Canton et à Formose. Toutefois ce n'est qu'en 1840, après des difficultés qui duraient déjà depuis de nombreuses années, difficultés suscitées par la mauvaise volonté et l'animosité des autorités chinoises, que les Anglais se décidèrent à frapper un grand coup, à la suite duquel l'Empire chinois fut ouvert au commerce de toutes les nations étrangères, événement que consacra le traité anglo-chinois signé à Nankin le 29 août 1842 par Sir Henry Pottinger et les délégués chinois; ce traité stipulait l'ouverture au commerce étranger des ports de Canton, Amoy, Fou-Tcheou, Ning-Po, Changhai. La France suivit l'Angleterre, les autres puissances imitèrent ces dernières, et peu à peu, à la suite de guerres ou de négociations, la Chine en est arrivée, à l'heure actuelle, à être à peu près entièrement ouverte au commerce de toutes les nations d'Europe et d'Amérique.