Le Chinois a toujours passé, et passe encore aux yeux des Européens pour un commerçant honnête; mais il faut entendre ceci d'une certaine façon: c'est-à-dire que, lorsque le négociant chinois vous a donné sa parole, il s'exécute; pas n'est besoin de contrat par écrit; mais, d'un autre côté, si vous discutez une affaire avec lui, avant d'arriver à une conclusion, soyez persuadé que le Chinois essayera de vous tromper le plus possible, et qu'il sera on ne peut plus aise d'y avoir réussi. Une fois, cependant, le marché conclu, si, contrairement à ce qu'il avait espéré, les chances tournent contre lui, il s'exécutera quand même. C'est là sa grande supériorité sur son voisin japonais qui, lui, n'a aucune probité commerciale.

II.—Les principales productions qui intéressent le commerce européen en Chine sont d'abord: la soie dont les marchés, actuellement, se trouvent à Changhai et à Canton. Quoique plusieurs provinces fournissent de fort belle soie, cependant celles du Tche-Kiang, du Chan-Tong et de Canton sont les plus appréciées. Les soies du Tche-Kiang et de Canton proviennent des cocons de vers à soie du mûrier; celles du Chan-Tong, au contraire, sont des soies provenant du ver à soie d'une espèce de chêne, cette soie est brune: c'est le pongée du Chan-Tong.

Les Chinois jugent de la bonne soie par sa blancheur, par sa douceur et sa finesse. Si, en la maniant, elle est rude au toucher, c'est mauvais signe. Souvent, pour lui donner belle apparence, ils l'apprêtent avec une certaine eau de riz mêlée de chaux qui la brûle et qui fait que, lorsqu'elle arrive en Europe, on ne peut dévider les écheveaux sans les rompre constamment. La soie du Tche-Kiang se travaille dans la province du Kiang-Nan, principalement à Nankin, et c'est dans cette province que les bons ouvriers se rendent; cependant, les ouvriers de Canton ne le leur cèdent en rien, depuis surtout que les étrangers y font ce commerce. Aujourd'hui plusieurs fabriques de soie montées à l'européenne existent à Changhai et dans d'autres villes; j'en parlerai plus loin.

Les pièces de soie dont les Chinois se servent davantage sont les gazes unies et à fleurs dont ils se font des vêtements d'été, des damas de toutes sortes et de toutes les couleurs; des satins rayés; des satins noirs de Nankin; des taffetas à gros grains; des crêpons; des brocarts, et différentes espèces de velours.

Avec la soie du Chan-Tong ils font une étoffe fort serrée, qui ne se coupe point, dure beaucoup, se lave comme de la toile; quand elle est tout à fait bien préparée, elle est fort estimée des indigènes et elle est quelquefois aussi chère que les étoffes de satin et que les étoffes de soie les mieux fabriquées.

Les puissances occidentales qui font la plus grande exportation de soie sont: la France, la Suisse, l'Italie et les États-Unis. Autrefois, c'était à Londres que s'amoncelaient les balles, c'était Londres qui était le grand marché des soies; mais aujourd'hui Lyon, d'abord, et Milan, puis Zurich exportent directement sans passer par le marché anglais.

III.—L'opium est une des productions dont la culture était à un moment donné, devenue intense dans beaucoup de provinces de la Chine. La drogue est venue de l'Inde et a été introduite par les Anglais qui l'ont pour ainsi dire imposée, puisque c'est par suite de la destruction de caisses d'opium importées à Canton par la Compagnie des Indes qu'a éclaté la guerre de l'Angleterre contre la Chine en 1840. Aujourd'hui la culture du pavot à opium est interdite par ordre impérial dans toute l'étendue de l'Empire chinois, et par suite d'un accord avec la Grande-Bretagne, l'importation de l'opium indien diminue peu à peu de façon à arriver à la suppression totale. Ces ordres sont exécutés d'une façon rigoureuse par certains vice-rois; et, par exemple, au Yunnan où j'ai vu partout des champs de pavots, il n'existe à l'heure actuelle plus un seul terrain livré à cette culture. Il est à espérer que la funeste habitude de fumer l'opium finira par disparaître complètement du territoire de l'Empire.

IV.—Le thé est la boisson habituelle du Chinois, et les Européens ont, déjà depuis près de trois siècles, pris l'habitude d'en consommer une certaine quantité. Les Russes, notamment, et les Anglais en absorbent tellement qu'à un moment donné, des bateaux de ces deux nations, jaugeant de sept à huit mille tonnes, venaient charger du thé à Hankeou. Le thé de Chine croît, en effet, sur les collines dans les provinces du Houpe, du Kiang-Si, du Fou-Kien et du Tche-Kiang; du moins le bon thé; car il en pousse partout en Chine, mais les Européens n'apprécient que les thés du Fou-Kien et de la vallée du Yangtseu. Aujourd'hui les Russes seuls exportent le thé de Chine; car, à la suite de la maladie des caféiers de Ceylan, les Anglais ont détruit leurs plantations qu'ils ont remplacées par des plantations de thé; tout bon Anglais ne boit aujourd'hui que du thé de Ceylan, ou bien encore du thé de l'Inde ou de l'Assam où les sujets britanniques ont essayé des plantations qui ont parfaitement réussi. Mais, quoique le thé vienne fort bien à Ceylan et dans diverses contrées des Indes, il est, dans ces pays, beaucoup moins fin comme goût que le thé de Chine; il est plus noir et renferme beaucoup de tannin. Quoi qu'il en soit, comme il est produit en pays anglais et qu'il est, en outre, beaucoup moins cher que le thé de Chine, les Anglais le préfèrent à ce dernier.

V.—Le coton est cultivé dans la vallée du Yangtseu et est consommé sur place, notamment à Changhai où se trouvent de grandes filatures. La ramie, ou ortie de Chine, est également cultivée dans la vallée du Yangtseu mais elle est exportée à Canton où elle est travaillée et préparée. On avait essayé de l'introduire en Europe, mais malgré toutes les préparations qu'on lui a fait subir on n'est jamais parvenu à la rendre assez souple. Parmi les articles principaux que la Chine exporte en Europe, citons: le jute; les tapis de poils de chèvres et de moutons; les soies de porc, destinées à la brosserie; les crins de cheval; les plumes de canard; les peaux de vaches et de buffles; ce dernier article fait l'objet d'un commerce fort important, et la préparation de ces peaux en vue de l'exportation n'est pas toujours sans danger; car la maladie du charbon sévit cruellement sur les bêtes à cornes dans la vallée du Yangtseu; j'ai vu, notamment à Hankeou, bien des coolies périr malheureusement de cette terrible maladie contractée en préparant les peaux.

Les peaux de chèvres pour gants sont aussi un des principaux articles d'exportation.