Le musc arrive principalement du Sseu-Tchuen et des montagnes du Thibet; ce produit est énormément falsifié et les Chinois sont tellement habiles dans ce genre de falsifications que les Européens s'y laissent souvent prendre. Comme c'est là une marchandise de prix, on peut faire ainsi des pertes énormes. Parmi les autres produits qui donnent lieu à des échanges avec l'Europe, il faut encore citer l'huile de bois, sorte de vernis très long à sécher et d'une odeur désagréable, mais excellent pour préserver le bois de la décomposition; le suif végétal et animal; les noix de galle; les tresses de paille, exportées en grande quantité en Europe pour la fabrication des chapeaux; les nattes, très inférieures à celles du Japon ou du Tonkin; les arachides, le colza, le ricin, la graine de coton qu'on expédie beaucoup à Marseille où elle sert à faire de l'huile «d'olive».
VI.—L'industrie, telle que nous la comprenons, n'existe encore en Chine qu'à l'état embryonnaire. L'industrie chinoise se borne à la fabrication des objets de consommation locale, tels que vêtements, chaussures, meubles et ustensiles divers; seules la fabrication de la soie et celle de la porcelaine méritent vraiment de retenir l'attention. On peut y joindre la laque qui sert à divers usages. Dans quelques ports, on a installé aujourd'hui des fabriques de coton, de soie, de métaux; il en sera parlé plus loin quand nous étudierons chacun des ports ouverts.
Le grand centre de la fabrication de la porcelaine est Kin-Te-Tcheng, dans la province du Kiang-Si, laquelle est comprise dans le bassin du Yang-Tseu-Kiang. Kin-Te-Tcheng est une petite bourgade, dépendant de la préfecture de Yao-Tcheou et peuplée de plus d'un million d'habitants, tous porcelainiers. La porcelaine était autrefois d'un bleu éclatant ou d'un bleu de ciel remarquable; des ouvriers de Kin-Te-Tcheng essayèrent d'émigrer au Fou-Kien et d'y transporter leur art, mais ils échouèrent.
L'Empereur Kang-Hi, lui-même, manda à Pékin des ouvriers du Kiang-Si, mais ils ne réussirent aucun objet. Aujourd'hui on fabrique en Chine de la porcelaine un peu partout, mais c'est encore à Kin-Te-Tcheng que se fait la plus belle porcelaine. Deux matières principales servent à la fabrication: le pe toun tseu, dont le grain est très fin et qui n'est autre chose que des quartiers de rochers qu'on tire des carrières, et le kaolin qui est une sorte de terre blanche parsemée de petites parcelles éclatantes.
Pour préparer le pe toun tseu, on se sert d'une masse de fer destinée à briser les quartiers de roc; après quoi, on met les morceaux brisés dans des mortiers et on achève de les réduire en poudre très fine; on jette cette poudre dans un grand bassin rempli d'eau et on l'agite fortement; quand on la laisse reposer, il surnage une espèce de crème qu'on a soin d'enlever et de mettre de côté dans un récipient spécial. Cette crème se dépose au fond du récipient et forme une pâte qui dégage peu à peu l'eau qu'elle contient; lorsque cette eau paraît à la surface complètement claire, on la rejette de façon à n'avoir plus que la pâte; on la met alors dans des moules propres à la dessiccation. Cette pâte est le pe toun tseu. Même quand on l'a mise dans les moules à dessiccation, (lesquels ne sont en somme que de grandes caisses), on a soin de faire peser à la surface supérieure un fort poids de briques afin d'exprimer l'eau complètement.
Le kaolin ne demande pas autant de travail que le pe toun tseu, la nature le fournit presque tout prêt à être employé. On en trouve des mines dans les montagnes et ce n'est, en réalité, que du granit décomposé que l'on découvre par grumeaux; c'est du kaolin que la porcelaine tire toute sa fermeté; c'est son mélange avec le pe toun tseu qui donne aux objets fabriqués toute leur force de résistance.
On fait aussi de la porcelaine avec une autre espèce de matière que les Chinois nomment hoa che (sorte de marbre); la porcelaine faite avec le hoa che est rare et beaucoup plus chère que l'autre; elle est très fine et très légère, mais beaucoup plus fragile que la porcelaine ordinaire; les ouvriers, d'ailleurs, la réussissent plus difficilement; car il est malaisé de saisir le véritable moment où la cuisson est suffisante.
Avec le hoa che on trace sur la porcelaine des dessins divers qui ressortent à cause de la différence de leur couleur blanche, lorsque l'objet dessiné est verni et soumis à la cuisson. On peint aussi des figures avec le che kao, qui est une espèce de gypse; mais tandis que le hoa che peut au besoin remplacer le kaolin, le che kao ne peut servir qu'à exécuter des dessins.
Généralement on mélange autant de kaolin que de pe toun tseu pour les porcelaines fines; pour les demi-fines on emploie quatre parts de kaolin pour six de pe toun tseu, et pour la porcelaine tout à fait ordinaire on met une partie de kaolin pour trois de pe toun tseu.
Je ne m'étendrai pas davantage sur la porcelaine et la peinture sur porcelaine, choses fort connues maintenant en Europe; qu'il me suffise de dire que les ornementations qui figurent sur les porcelaines chinoises sont d'une uniformité immuable depuis l'antiquité. Personnages, animaux, fleurs et arbres divers, on retrouve toujours et partout les mêmes motifs.