VII.—La soie a été de bonne heure une des principales industries chinoises; des vêtements merveilleux, des tentures d'une rare beauté sont sortis des ateliers bien primitifs cependant des fils de l'Empire du Milieu. Toute l'Europe a pu admirer ces richesses puisque, soit par les expositions, soit par les voyageurs et les négociants, quantités d'étoffes de soie chinoise sont venues échouer sur le marché des grandes villes. Cependant, si la facture est élégante, si les dessins sont brodés avec goût, il est juste de dire que, au point de vue de la solidité, elles ne valent pas nos étoffes de Lyon.
J'ai déjà eu occasion d'indiquer que la soie est d'un usage général en Chine. Il faut qu'un Chinois soit complètement dans la misère pour n'avoir pas au moins une robe de soie dans son armoire. Tous ceux qui sont tant soit peu à l'aise portent des vêtements de soie et sont vêtus de satin et de damas. Leurs lits sont ornés de tentures de satin brodé; et les jours de fête, de mariage ou de décès, la maison est pavoisée de tentures de soie rouge d'un effet merveilleux. Le rouge est, en Chine, la couleur qui porte bonheur.
VIII.—L'industrie des métaux a été connue des Chinois depuis déjà longtemps; elle s'est surtout bornée aux cloches de temples, statues, brûle-parfums; des mines de fer, de plomb, de cuivre et de zinc ont été ouvertes et exploitées suivant des procédés fort primitifs, il est vrai, mais qui suffisaient grandement aux Chinois; l'or et l'argent étaient travaillés dès l'antiquité, et la bijouterie avait une finesse qu'on peut encore admirer dans les objets anciens. L'acier était connu et utilisé pour faire les charrues et autres instruments de culture; le cuivre servait à différents usages et était très employé pour l'ornementation des temples; il l'était également pour la fabrication des gongs, des cymbales, des trompettes, des lampes à huile, et surtout pour la frappe de la monnaie de cuivre connue sous le nom de sapèque et qui, seule, jusqu'à ces derniers temps, avait cours en Chine. Aujourd'hui encore, toutes ces industries sont très florissantes et conduites suivant les anciens procédés. Cependant, des usines métallurgiques ont commencé à s'élever selon la manière d'Europe; des mines sont exploitées à l'occidentale, et l'industrie se développe peu à peu d'après les méthodes modernes.
Le pétrole était connu et exploité au Sseu-Tchuen; il l'est encore aujourd'hui suivant des procédés très primitifs, et son exploitation occupe plusieurs villes et villages de la province.
Le cristal, le quartz sont travaillés et taillés pour faire des lunettes; le jade, cette fameuse pierre qu'on ne découvre qu'en Chine et dont une variété, le jade blanc laiteux, est très appréciée des Chinois, sert à faire des bracelets, des vases, des tuyaux de pipe, des statuettes. Le jade vert, au contraire, qu'on trouve principalement au Yunnan, a une bien moindre valeur.
Quant à l'industrie de la laque, elle remonte assez loin; elle est faite avec le vernis (tsi en chinois) tiré du Rhus vernicifera; c'est une sorte de gomme noirâtre qui découle par des incisions qu'on fait à l'écorce en ayant bien soin de ne pas entamer le bois. Ces arbres, dont la feuille et l'écorce ressemblent assez à celle du frêne, n'ont jamais guère plus de cinq mètres de haut; le tour du tronc est de soixante-quinze centimètres environ; ils poussent principalement dans les provinces du Kiang-Si et du Sseu-Tchuen; ceux du territoire de Kan-Tcheou-Fou, la ville la plus méridionale du Kiang-Si, donnent le vernis le plus estimé.
Pour tirer le vernis de ces arbres, il faut attendre qu'ils aient de sept à huit ans: plus tôt ou plus tard, le vernis ne pourrait servir à faire de bonne laque. La laque chinoise est loin de valoir comme finesse et comme élégance la laque japonaise[5]; on ne trouve pas un objet en laque digne d'attention; c'est toujours grossier et sans goût; le seul genre de laque où le Chinois excelle est la laque rouge de Pékin qui est vraiment remarquable. On a pu admirer à l'Exposition de 1900 la superbe et rare collection de M. Vapereau, ancien «commissioner» des douanes maritimes chinoises.
[5] Elle est étudiée en détail dans l'Empire japonais, ch. XII, pp. 166 et suiv.
La fabrication du cloisonné et de l'émail a toujours été très florissante en Chine, et en ce genre de travail les Chinois l'emportent décidément sur les Japonais. Ils commencent par fabriquer un vase en cuivre sur lequel ils font, au moyen de bandes de cuivre soudées, les dessins qu'ils veulent représenter en émail. Dans l'intervalle de ces bandes de cuivre, ils coulent l'émail fondu à une haute température et polissent ensuite la surface du vase; ils obtiennent ainsi de fort belles pièces; mais celles qu'ils livrent aujourd'hui à l'amateur sont loin d'égaler les cloisonnés de l'époque de Kien-Long (1736-1796) ou du début de la dynastie des Ming (1368).
En somme, le Chinois est très industrieux, et il possède, à un haut degré, tout comme le Japonais, l'esprit d'assimilation et d'imitation. Est-ce donc à dire qu'il manque d'imagination? Non certes: il a trouvé avant nous la manière d'imprimer, non pas les caractères mobiles, il est vrai, mais l'imprimerie sur planches gravées, et il s'en servait alors que nous étions encore en Europe réduits au travail du copiste; il a inventé la poudre, la boussole, l'organisation du travail, les arts, les lettres, les sciences: il a tout connu avant d'être en contact avec nous. Mais ce qui lui a manqué dans ses inventions, c'est l'encouragement de ses gouvernants, qui, bien loin de pousser aux perfectionnements et aux découvertes nouvelles, décourageaient au contraire les initiatives.