Le transit intérieur donne le chiffre de 319.460 taels et consiste surtout en pétroles de la province du Tche-Kiang et en charbon japonais pour les filatures de Tsong-Ming et de Tong-Tcheou. Les communications rendues faciles par le chemin de fer avec le district séricicole de Tai-Hou ont amené une plus-value de 450.186 taels sur le transit intérieur de la soie. Chao-Hing, gros marché cotonnier de la province du Tche-Kiang, continue à envoyer ses produits à Changhai par jonque.

Les compagnies de navigation n'ont pas eu une année brillante, et les frets ont été très bas par suite de la concurrence très forte et aussi de la stagnation commerciale.

Quant à l'opium, la réduction de son importation est évidente, et celle-ci arrivera à être supprimée. Depuis la promulgation du premier édit contre la culture du pavot et l'habitude de fumer l'opium, édit qui parut le 20 septembre 1906, il y eut une activité marquée de la part des mandarins civils et militaires pour faire respecter les ordres de l'Empereur, en menaçant de châtiments sévères ceux qui continueraient à fumer la drogue. Les lettrés également, aidés du nouvel élément «étudiant», ont déployé une grande énergie pour influencer l'opinion, en répandant brochures et discours pour convaincre les masses que l'opium abîme la race et abrutit l'homme; des sociétés contre l'opium se sont formées, et des instruments sortis des fumeries d'opium, pipes et accessoires, ont été brûlés en public. Les nouveaux édits de 1907 et de 1908 ne font qu'encourager cette campagne méritoire. A Changhai les fumeries furent fermées à la date du 20 juin 1907 et dans les concessions étrangères, à la date du 1er juillet 1908, il fut procédé à la fermeture par séries de tous ces établissements. L'institut de Chas. B. Town pour le traitement des fumeurs d'opium fut ouvert le 24 octobre dernier, et jusqu'au 31 décembre 100 cas furent soignés avec succès. Mais toute médaille a son revers, et les fumeurs invétérés ont maintenant, faute d'opium, recours à la morphine ou à d'autres dérivés de l'opium. Beaucoup d'opium entre dans les pilules ou tabloïdes, dites stimulantes, fabriquées par les droguistes locaux et se vendant en quantités énormes. La codéïne, la cocaïne et d'autres drogues importées sous prétexte de guérir de l'opium ne sont que des substituts de l'opium.

D'ailleurs, si l'importation de l'opium du Bengale et de Bombay a diminué sur le marché chinois, par contre, l'importation à Changhai de l'opium indigène n'a cessé d'augmenter, ainsi qu'il est facile de s'en assurer par le petit tableau ci-après:

Années Quantité Valeur
1904 10.285 piculs 4.678.291 taels
1905 13.981 — 5.233.239 —
1906 13.068 — 6.068.355 —
1907 10.413 — 4.396.437 —
1908 19.053 — 9.540.464 —

Pendant que tous les ports d'Extrême-Orient avaient été plus ou moins atteints par la peste[11], Changhai était resté indemne. Malheureusement, en 1909, la peste est entrée à Changhai, et même y a été contractée par un chauffeur du vapeur Leongwo en partance pour Hankeou. L'homme, bien portant, était descendu à terre à Changhai avec quelques amis pour s'amuser; avant d'arriver à Hankeou il a été pris de la peste et il est mort le même jour. Comment cette maladie a-t-elle pénétré à Changhai, il est assez difficile de le dire, mais on suppose qu'un rat infecté sera parti d'un navire et aura donné l'infection aux autres rats sur le port, c'est la seule explication. Le premier rat infecté de la peste fut trouvé à Changhai le 8 décembre 1909.

[11] La peste, d'après les théories actuelles, vient de la terre, et ce sont les rats qui sont les premiers atteints. Le rat mort, les puces qu'il nourrissait le quittent et vont porter la peste aux humains.

Cette maladie a deux caractères: elle est bubonique et donne au patient des bubons aux aines et sous les bras; ou bien pneumonique. Cette dernière forme est la plus grave.

Elle se déclare généralement au printemps et a vite atteint une grande intensité épidémique. En 1902, à Long-Tcheou, j'ai vu mourir des familles entières de dix personnes en une seule journée; le docteur du Consulat, Dr Gaymard, a réussi à sauver, avec le sérum Yersin, quelques malades pris à temps, et l'inoculation préventive faite sur nos domestiques les a tous préservés. J'ai constaté, en accompagnant le docteur, sur les morts, d'énormes boules de sang coagulé qui se formaient sur la tête, et, quand on les perçait, il en sortait un liquide noirâtre.

L'hiver n'empêche pas l'éclosion de la maladie; seule la grosse chaleur en a raison. A l'heure où j'écris ces lignes, il y a une fort violente épidémie de peste en Mandchourie, et cependant, dans ce pays, le thermomètre descend jusqu'à - 20° au-dessous de zéro.