En Chine, la peste a pris naissance au Yunnan dans les années quatre-vingts (de 1885 à 1889), à Mong-Tseu principalement. De là, elle a gagné Canton et Hong-Kong, puis les différents ports du Nord. Elle s'est dirigée ensuite vers Bombay, où elle a été terrible, et a gagné l'Indo-Chine et la Birmanie. Chose curieuse, depuis qu'elle a atteint tout l'Extrême-Orient, le Yunnan, d'où elle est sortie, en est à peu près indemne.
Rarement les Européens contractent cette maladie; cependant, il y a quatre ans, j'ai vu un missionnaire français, le P. de Chirac, des Missions Étrangères, souffrir, à Rangoon, de la peste sous ses deux formes: bubonique et pneumonique. Il guérit à la profonde stupéfaction de tous, car ceux qui en reviennent sont bien rares.
CHAPITRE VI
I.—Sou-Tcheou (Soochow); son aspect.—II. Population, commerce et industrie.—III. Instruction publique; écoles professionnelles.—IV. Tchen-Kiang (Chin-Kiang); sa situation, son commerce; son industrie.—V. Nankin; sa situation, sa grandeur et sa décadence.—VI. Historique de Nankin.—VII. L'ouverture au commerce étranger; le chemin de fer.—VIII. Établissements publics; commerce et industrie.—IX. L'Exposition de Nankin.
I.—Sou-Tcheou, capitale de la province actuelle du Kiang-Sou, n'était autrefois que la seconde ville de la grande province du Kiang-Nan dont Nankin était le chef-lieu. C'est l'une des plus belles et des plus agréables villes de l'Empire chinois; les premiers Européens qui l'ont visitée l'ont comparée à Venise, avec cette différence toutefois que c'est une Venise d'eau douce. On s'y promène aussi bien par eau que par terre, et la ville est coupée de canaux et de bras de rivière qui peuvent porter les barques les plus lourdes; de la ville même à la mer, une barque peut se rendre en deux jours au maximum. Elle est reliée à Changhai par un beau canal et aussi, depuis peu de temps, par la ligne du chemin de fer de Changhai à Nankin. La cité, murée comme toutes les villes chinoises de quelque importance, est un rectangle, qui couvre une superficie d'environ 18 kilomètres carrés. Tout près se trouve le grand lac Ta-Hou; et une fois les murailles franchies, on rencontre également le grand canal, commencé sous les Tang au VIIe siècle, continué par les Mongols au XIIIe et achevé au XIVe siècle par les Ming; c'est un canal qui unit le Yang-Tseu-Kiang au Hoang-Ho, et passe devant Sou-Tcheou, et, dans la province du Tche-Kiang, relie Hang-Tcheou, à Tchen-Kiang; non loin de cette dernière ville, près du Kin chan (la montagne d'or, l'île d'or), se trouve précisément la principale entrée du canal sur le Yangtseu. Autrefois déjà, Sou-Tcheou faisait un commerce considérable avec toutes les provinces de l'Empire et même avec le Japon.
Il n'y a point de pays plus riant; le climat en est délicieux; tout y pousse, riz, blé, et toutes sortes de fruits; aussi Sou-Tcheou, très riche et très agréable à habiter, a-t-elle toujours été considérée comme une ville de plaisir, et le proverbe chinois l'a consacrée en disant que «en haut il y a le ciel et en bas Sou-Tcheou.» Cette grande ville n'a que six portes par terre et six portes par eau: c'est un va-et-vient continuel de marchands qui s'y approvisionnent des broderies et soieries si renommées dans toute la Chine.
En 1860, Sou-Tcheou fut pris par les Tai-Ping qui ruinèrent la ville et massacrèrent les habitants avec d'atroces raffinements de cruauté. Aussi, aujourd'hui, cette reine des villes chinoises au Kiang-Sou a-t-elle beaucoup perdu de ses charmes et de ses agréments.
II.—Sou-Tcheou est en effet un centre manufacturier important et la population dépasse 500.000 âmes. Malheureusement la rébellion des Tai-Ping a couvert la ville de ruines, mais cependant, depuis 1863, époque où elle a été délivrée de leur joug, elle a beaucoup repris, et ses manufactures de soies et satins sont toujours renommées.
Jusqu'en 1896, Sou-Tcheou n'était pas ouvert au commerce européen, et elle ne l'a été qu'à la suite de la guerre entre le Japon et la Chine, le Japon vainqueur ayant exigé l'ouverture de plusieurs villes au trafic étranger; c'est donc le 26 septembre 1896 que la déclaration d'ouverture eut lieu et qu'un quartier européen, une concession, y fut désignée, près de la muraille Sud, de l'autre côté du grand canal. Sou-Tcheou est trop près du grand centre de Changhai pour avoir un commerce considérable avec l'Europe et l'Amérique; en 1908 il se montait à 3.872.298 taels; en fait d'Européens, il n'y a à Sou-Tcheou que des missionnaires, des fonctionnaires des douanes et deux ou trois négociants. Les Japonais y ont un consulat et une école de médecine.
Il existe à Sou-Tcheou des citernes à pétrole construites par la «East asiatic petroleum Cº».