En 1908, la récolte des cocons fut moyenne et les prix varièrent, au printemps et en été, de 110 à 130 taels. La filature SouKing (Sooching), qui fait marcher 336 bassins, semble avoir fait ses affaires; et l'ancienne filature Cheou t'ai (Shoutai) a rouvert ses portes avec 200 bassins sous le nom de Tchong-Hing (Chung-Hsing); la filature sino-européenne, affermée à un indigène, a chômé toute l'année. Par suite de pertes, la filature de coton Sou-Louen (Sôo-Lun) avait été fermée au printemps, mais elle a rouvert après qu'un nouveau capital de 200.000 taels fut versé. Elle produit à peu près 20 piculs de fil par jour, et on dit que vu la cherté de la matière première, provenant de Changhai, Nan-Siang et Tong-Tcheou, il y a peu de bénéfices.

Les thés exportés de Sou-Tcheou, et provenant du Tche-Kiang et du Ngan-Hoei, sont mélangés avec du jasmin, du chloranthe et d'autres fleurs, et sont réexportés vers les ports du Nord; ces dernières années, vu le peu de métal monnayé à Nieou-Tchouang (New-Chwang) ce commerce n'a pas donné de brillants résultats.

Le riz n'a pas non plus été abondant par suite de la trop grande abondance de pluie.

Une usine électrique a été installée sur le grand canal, près de Tchang-Meun (Chang-Men); la concession avait été accordée il y a six ans. L'usine fournit la lumière à une partie considérable de la ville, et aussi à beaucoup de maisons en dehors de la porte de Tchang-Meun. C'est un ingénieur allemand qui a dirigé les constructions; les dynamos donnent 2.200 volts capables de fournir la lumière à 6.000 lampes de 16 bougies.

Une manufacture de verres et de bouteilles a aussi été élevée en dehors de Siu-Meun (Hsu men); imprimerie, fabrique de bougies, fabrique de savons ont également été créées.

III.—L'instruction publique a pris une extension considérable à Sou-Tcheou. Il y a 113 écoles de toutes sortes: 31 sont des écoles de l'État, 53 de la province; il y a 22 écoles tenues par des particuliers et 7 par des missionnaires; dans le nombre il se trouve 10 écoles de filles, et il y a tout lieu de croire qu'on va en créer d'autres, car les Chinois de cette province ont décidé de faire de grands sacrifices pour l'instruction des filles. Dix professeurs étrangers sont employés dans les écoles du gouvernement: on compte parmi eux huit Japonais, un Américain et un Italien. Une école de médecine fonctionne également, et elle est très fréquentée; beaucoup des jeunes gens qui ont appris à soigner les maladies ou à traiter une fracture ou une blessure trouvent des situations dans d'autres provinces. Les autorités ont également élevé une école industrielle nommée Kong yi Kiu, où l'on enseigne à des jeunes gens pauvres, au-dessus de seize ans, la menuiserie, la cordonnerie et autres catégories de métiers. On a construit aussi des marchés couverts afin de débarrasser la ville de l'encombrement et de la saleté de tous les petits marchés qui se tenaient au coin des rues. Ces innovations prouvent que les Chinois commencent à s'intéresser chaque jour davantage à la civilisation européenne, et que décidément quelque chose change en Chine.

IV.—Tchen-Kiang n'est pas une des plus grandes villes de la province; mais elle a une activité commerciale assez considérable et elle est en même temps une place de guerre; elle est située sur la rive méridionale du Yangtseu, à environ 150 milles de son embouchure, et non loin des entrées sud et nord du Grand Canal. A une faible distance de la rive se voyait autrefois l'île d'Or, sur le sommet de laquelle s'élevait une tour à plusieurs étages; elle était également couverte de temples bouddhistes et de maisons de bonzes; aujourd'hui l'île n'existe plus par suite du changement du cours du fleuve, elle s'est changée en montagne; tous les temples ont été détruits lors de la rébellion des Taiping.

Tchen-Kiang a été ouvert au commerce étranger par le traité de Tien-Tsin en 1858; c'est une des jolies villes du bas Yangtseu par suite de sa situation au milieu de collines peu élevées mais très fraîches l'été, et les Européens de Changhai viennent souvent s'y reposer et respirer un air un peu moins étouffant que celui de Changhai au mois de juillet.

Au point de vue du commerce extérieur, Tchen-Kiang n'offre rien de spécial: c'est surtout le commerce local qui y est actif; cependant les vapeurs qui font le service du fleuve s'y arrêtent tous. En 1908 la valeur totale des importations a été de 17.512.881 taels. Il n'y a pas d'industrie locale, mais les compagnies américaines pour l'importation du pétrole y ont installé des citernes. Il n'existe à Tchen-Kiang aucun négociant européen, mais seulement les agents des douanes, des compagnies de navigation et quelques missionnaires, parmi lesquels les pères Jésuites, qui y possèdent un vaste établissement où les confrères fatigués par les longs voyages à travers la province viennent refaire leur santé.

Parmi les nouveautés à citer à Tchen-Kiang, il faut noter la «Chin Kiang electric light Cº» qui éclaire la ville et la concession britannique; elle est sous la direction d'un ingénieur anglais; il est malheureux de penser que malgré cela la société ne se trouve pas dans de brillantes conditions pécuniaires; car l'administration, confiée aux Chinois, a, naturellement comme toujours, laissé péricliter l'entreprise qui aura à faire face à de grandes difficultés.