Kieou-Kiang a une population de 60.000 habitants; la ville a bien perdu de son importance d'autrefois, depuis qu'elle a été prise et saccagée en 1853 par les rebelles Tai-Ping; elle est à peine relevée de ses ruines, et une grande partie de la ville murée est une véritable forêt vierge.
Son commerce pour l'année 1908 s'élevait à 30.093.412 taels.
VI.—Selon toute probabilité Kieou-Kiang restera toujours un port secondaire et ne prendra jamais de grandes proportions au point de vue du trafic. Peut-être, une fois les communications rendues plus faciles par les voies ferrées, la province du Kiang-Si, dont Kieou-Kiang est le débouché sur le Yangtseu, arriverait-elle à un plus grand développement par l'exploitation de ses richesses naturelles; elle possède en effet quelques produits assez recherchés, tels que le thé, le tabac, les haricots, la ramie, le coton, voire même le camphre, et ses récoltes en riz et en blé sont généralement fort abondantes. La population, qui peut être estimée à 25.000.000, est intelligente et fine; le travail des ouvriers du Kiang-Si est très apprécié, et ce qui sort de leurs mains, comme les objets de porcelaine, le papier, les étoffes de ramie, prouve infiniment de goût et d'habileté. Il y a en outre dans la province beaucoup de mines de charbon, des mines de cuivre et de fer. Mais tout cela ne peut être mis en exploitation sérieuse que par des capitaux considérables, et à condition que les voies de communication soient faciles et rapides, ce qui est loin d'être le cas aujourd'hui. On a déjà eu bien de la peine à achever la construction du chemin de fer qui relie Kieou-Kiang à Nan-Tchang-Fou, capitale de la province, et il est probable qu'après cet effort, les choses vont encore rester pour de longues années en l'état actuel.
Brouette chinoise.
CHAPITRE VIII
I. Hankeou (Hankow), sa situation; la province du Houpe.—II. Hankeou et Hanyang; ouverture de Hankeou au commerce étranger: anglais, russes et français.—III. Concessions russe, française, allemande et japonaise.—IV. L'essor de Hankeou; le vice-roi Tchang-Tche-Tong et les usines de Hanyang.—V. Établissements industriels à Wou-Tchang-Fou.—VI. Le chemin de fer Hankeou-Pékin: les lignes nouvelles projetées.—VII. Les Japonais à Hankeou et dans le Yang-Tseu-Kiang.—VIII. L'agriculture au Houpe; les forêts, les mines.—IX. Le commerce; importation et exportation.—X. Le thé, principal article d'exportation.—XI. Parts afférentes aux diverses nations dans le commerce de Hankeou; la part de la France.—XII. Compagnies de vapeurs, maisons françaises; nouveautés industrielles et commerciales de Hankeou.
I.—Hankeou est situé dans la province du Houpe, sur les bords du Yang-Tseu-Kiang, qui traverse la province de l'ouest à l'est. Autrefois, Hankeou était un simple marché, dépendant de la sous-préfecture de Hanyang dont il est séparé par la rivière Han, affluent du grand fleuve. Hankeou signifie, du reste, en chinois «embouchure de la Han». Le Jésuite du Halde, en 1735, décrivait ainsi la province du Houpe, laquelle, à cette époque, formait avec le Hounan la vaste province du Hou-Kouang: «La plus grande partie de cette province est un pays plat qui consiste en de rases campagnes arrosées de toutes parts de ruisseaux, de lacs et de rivières. On y pêche une infinité de toutes sortes d'excellents poissons, et l'on prend grand nombre d'oiseaux sauvages sur les lacs.
«Les campagnes y nourrissent des bestiaux sans nombre; la terre y produit toutes sortes de grains et de fruits, surtout des oranges et des citrons de toutes les espèces. Les montagnes sont très abondantes les unes en cristal, d'autres en simples et en herbes médicinales... On y trouve des mines de fer, d'étain et de semblables minéraux.
«Il s'y fait quantité de papier des bambous qui y croissent et l'on voit dans les campagnes beaucoup de ces petits vers qui produisent de la cire de même que les abeilles produisent le miel.