Je puis encore citer la ramie, le gingembre, l'arbre à vernis, le suif végétal.

IV.—Mais ce qui constitue pour le Hounan une source de richesse, ce sont les bois. Alors en effet que les Chinois ont tout déboisé dans l'Empire, le Hounan est peut-être, avec le Yunnan, la seule province où il existe encore des forêts exploitables. Ces forêts sont situées dans le sud et le sud-ouest en des régions encore habitées par les aborigènes Yao. L'abatage des arbres, leur transport et leur vente est le monopole d'une sorte de trust formé par trois corporations de marchands de différentes provinces. Les arbres sont coupés en automne et en hiver, ébranchés, puis jetés dans les rivières qui les entraînent jusqu'à un point où, les eaux étant assez hautes, on fabrique avec les différents bois des radeaux qui descendent jusqu'aux environs du lac Tong-Ting. Là on réunit plusieurs de ces radeaux pour en former de plus grands qui puissent se hasarder sur le lac et sur le Yangtseu dont les tempêtes et les coups de vent sont parfois terribles. L'exportation annuelle des bois de la province est estimée à une cinquantaine de millions de francs. La principale essence est le pin; on exporte aussi du chêne, du cèdre, du camphrier et une espèce du cyprès. Ces arbres atteignent quelquefois des proportions énormes; et ce qui maintient la forêt, ce qui l'empêche de s'épuiser, c'est que les Yao aborigènes replantent au fur et à mesure; cette prévoyance des naturels est à remarquer quand on voit l'incurie du Chinois pour les forêts et l'insouciance avec laquelle il laisse dévaster les plus belles plantations.

Les bambous sont également exploités; les plantations en sont nombreuses au sud du lac Tong-Ting, dans le district de Tchang-Cha-Fou; on les exporte de même dans les autres provinces et on en fait des radeaux pour faciliter le transport.

Les rivières du Hounan sont très poissonneuses ainsi que du reste les eaux du lac Tong-Ting où elles se déversent. De nombreuses pêcheries existent sur le lac et alimentent un commerce important.

V.—De même qu'il est riche par la fertilité de ses terres, le Hounan l'est aussi par les produits de son sous-sol. Les habitants, d'ailleurs, exploitent depuis longtemps différentes mines. Des gisements considérables de charbon existent dans toute la province, et ils avaient été signalés par Richtofen, mais ce savant allemand et ceux qui avaient suivi ses traces, n'avaient pas été autorisés à voir les houillères de près. Par contre, un ingénieur américain, M. Parson, le même qui a fait l'étude préliminaire du tracé de la ligne de Hankeou à Canton, a réussi à se rendre compte de la valeur du bassin houiller. D'après lui, dans le sud de la province, sur les bords du Siang, ce bassin a une longueur de 320 kilomètres sur une largeur de 95 et contient plusieurs couches de diverses sortes de charbons gras et d'anthracites. D'autre part il assure que de ces charbons gras, les uns seraient excellents pour la métallurgie, les autres pour la marine à vapeur et que, de ces anthracites, les uns seraient propres aux usages domestiques, ayant assez de matières volatiles pour s'enflammer aisément, et les autres bons pour les hauts-fourneaux et la fabrication de la fonte Bessemer. Ces riches gisements de charbons, situés dans un pays où abondent également le fer et d'autres métaux, assurant au Hounan un avenir des plus brillants au point de vue métallurgique. Actuellement aucune mine n'est exploitée à l'européenne, et c'est, d'ailleurs, l'anthracite seul que les Chinois retirent du sol. Ils n'entament que la surface des gisements proches des rivières navigables. Quelques houillères sont si près des cours d'eau que les jonques les accostent; l'équipage n'a qu'à mettre pied à terre, à manier pelles et pics et à charger; les mines de charbon en effet ne sont pas concédées et le charbon est à celui qui veut le prendre; le gouvernement chinois n'intervient pas dans cette exploitation, contrairement à ce qui se passe pour d'autres mines; le Hounan exporte déjà une grande quantité d'anthracite, mais il faut dire que jusqu'ici on n'a trouvé que de l'anthracite sulfureux, brûlant mal et laissant des résidus gros et durs comme des cailloux. Peut-être l'exploitation est-elle trop superficielle? Toujours est-il que jusqu'à présent on n'a découvert qu'une bonne mine de charbon sur la frontière sud du Hounan, et cette mine est celle de Ping-Siang au Kiang-Si; c'est elle qui avec la mine de Kai-Ping (près de Pékin) fournit le charbon nécessaire aux usines de Hanyang. Cette mine de Ping-Siang est, du reste, exploitée à l'européenne par des Allemands au service du directeur général des chemins de fer chinois, Cheng-Suien-Hoai.

Le fer existe dans toute la préfecture de Pao-King; le minerai est d'excellente qualité et l'acier du Hounan est réputé en Chine; malheureusement les produits vendus comme fer et acier de cette province sont souvent frelatés par les marchands.

L'antimoine est fort commun; on le trouve dans les districts d'An-Houa, Ki-Yang, Sin-Hou et Chai-Yang, et aussi dans le district de Tcheu-Tcheou; une partie du minerai est traitée à Hankeou; le reste est travaillé dans la province même à Tchang-Cha par deux fonderies appartenant à des maisons de commerce chinoises et qui débarrassent le minerai de sa gangue.

Le plomb existe dans tout le sud et il est exploité à Tchang-Ing et Ki-Yang; le minerai, expédié à Hankeou, est traité par l'usine de concentration de Wou-Tchang, puis exporté à l'étranger.

L'argent est extrait soit à l'état de minerai propre d'argent, soit à l'état de galène ou encore mêlé à l'antimoine et au cuivre; c'est dans la préfecture de Tchang-Cha que se trouvent les principales mines, mais l'exploitation en est actuellement prohibée.

Parmi les mines d'or connues, l'une est située à Ping-Kiang (Yo-Tcheou-Fou) et l'autre sur la rivière Yuen entre Tcheu-Tcheou et Tao-Yuen; on a tenté, mais sans succès, d'exploiter la première suivant une méthode scientifique. D'autre part, les sables de plusieurs rivières sont aurifères.