L'ouverture de la ville de Tchang-Cha n'a pas donné ce qu'on espérait; les Chinois du Hounan font tout leur possible pour écarter les étrangers, et s'ils sont avides de nouveautés et de sciences occidentales, c'est à condition de les acquérir par eux-mêmes. L'esprit hostile du Hounanais est toujours en éveil et par toutes sortes de tracasseries le port est en quelque sorte un port fermé et non un port ouvert. L'importation directe et aussi l'exportation directe par les étrangers est insignifiante, mais le commerce purement chinois donne de 8 à 9.000.000 de taels de transactions. Pour l'année 1908, les relevés des douanes indiquent le chiffre de 9.240.292 taels. Le consul d'Angleterre disait, au reste, dans un de ses derniers rapports, que l'état d'esprit des habitants, très exclusif, rendait fort difficile aux étrangers l'ouverture de maisons de commerce dans la ville; une société très riche et hautaine, ennemie de l'étranger, s'arrange toujours, chaque fois qu'un de ces derniers veut s'installer et acquérir un terrain, pour acheter elle-même le terrain désigné et empêcher ainsi l'Européen de prendre pied à Tchong-Cha. Comme les gens riches ou aisés sont nombreux, ils arrivent toujours à leurs fins. Cependant, en dehors de la ville murée, dans le port ouvert, on a commencé à élever différentes constructions; la douane impériale et la compagnie de navigation de MM. Butterfield and Swire ont construit des bâtiments, et un quai déjà suffisamment long a été également édifié: il a 10 mètres de haut et mesure 200 mètres, mais il sera plus considérable, et déjà le gouvernement chinois a donné l'autorisation au service des douanes pour continuer le quai et en faire un de plusieurs kilomètres.

Comme résidents à Tchang-Cha, en dehors des Européens attachés au service des douanes chinoises, il y a quelques Japonais, et une seule maison européenne, la British American tobacco Cº. Deux maisons japonaises sont également établies, la Mitsui Bussan Kwaisha et la Nisshin Kisen Kwaisha.

X.—C'est à Tchang-Cha-Fou que jadis, prit naissance la fête du Dragon. Un mandarin, qui administrait la ville, et dont le peuple estimait la probité et la vertu, s'étant noyé dans la rivière, on institua en son honneur une fête qu'on célébrait par des jeux, par des festins et par des combats sur l'eau. Cette fête, qui pendant longtemps fut particulière au Hounan, a lieu aujourd'hui dans tout l'Empire sous le nom de fête du Dragon, parce qu'on lance sur le fleuve, le soir du premier jour du cinquième mois, de petites barques longues et étroites, toutes dorées, qui portent à l'une de leurs extrémités la figure d'un dragon; c'est pourquoi on les appelle long tchouan (bateaux-dragons).

XI.—Les monts Nan-Ling, dont j'ai déjà parlé et qui se trouvent situés dans le sud de la province, vers la frontière du Kouang-Si et du Kouang-Tong sont habités, en outre des Yao, par des Miao-Tseu, que les Chinois appellent Cheng miao tseu ou Sauvages et qui vivent complètement indépendants. Il n'y a pas longtemps encore qu'ils créaient des ennuis aux autorités chinoises, mais ces dernières ayant pris le bon parti de les laisser tranquilles et de ne plus s'occuper d'eux, ces indigènes restent chez eux sans frayer avec leurs puissants voisins. Ils seront étudiés plus longuement dans le chapitre suivant.

CHAPITRE XI

I. La province du Kouei-Tcheou (Kwei chow); ses ressources; sa capitale.—II. Les aborigènes Miao-Tseu.

I.—La province du Kouei-Tcheou est l'une des plus petites provinces de la Chine; elle n'est pas arrosée directement par le Yang-Tseu-Kiang, mais un des grands affluents de ce fleuve, la rivière Ou, la traverse en partie, ainsi qu'un autre petit affluent, le Tche. Elle est donc, sinon baignée par le Yangtseu, du moins comprise dans le bassin du Yangtseu.

Elle est couverte de montagnes, dont quelques-unes très élevées; aussi est-ce dans cette province que l'on rencontre encore le plus de ces peuples indépendants et vivant en dehors des lois de l'Empire, que l'on nomme Miao-Tseu; il y a dans ces montagnes des mines d'or, d'argent et de cuivre, et c'est en partie de cette province qu'on tire le cuivre dont on fabrique la sapèque. La culture n'y est pas très rémunératrice et les habitants sont très pauvres; on n'y fabrique aucune étoffe de soie, mais on y cultive beaucoup la ramie, cette espèce d'ortie de Chine qui sert à tisser d'excellents vêtements d'été. Le Kouei-Tcheou fait un élevage assez considérable de chevaux et de bœufs.

Kouei-Yang-Fou, la capitale, est, comme d'ailleurs toutes les autres villes de la province, une forteresse; quantité de forts et de places de guerre avaient en effet été élevés par les Empereurs pour tenir en respect les tribus indépendantes; la capitale est très petite, construite mi-terre, mi-brique; elle mesure à peine 6 ou 7 kilomètres de tour.

La rivière sur laquelle elle est située n'est point navigable, et il s'y fait fort peu de commerce.