En général les Chinois sont d'un caractère doux, calme et peu démonstratif; dans leurs manières il règne beaucoup d'affabilité et ils ne sont ni violents ni emportés. La modération de leurs allures se remarque même dans le peuple. Aussi lorsqu'un Européen a à traiter avec des Chinois, il doit bien se garder de se laisser aller à la fougue de son tempérament; il lui faut être de grand sang-froid et maître de lui sous peine de passer pour un homme qui n'a pas d'éducation. Toutefois, si, dans le commerce ordinaire de la vie, le Chinois est doux et paisible, lorsqu'on l'a offensé il devient violent et vindicatif à l'excès, et il ne se venge jamais qu'avec méthode; il dissimulera son mécontentement; il gardera vis-à-vis de son ennemi tous les dehors de la bienséance et de la mansuétude; mais que se présente l'occasion de se venger, il la saisira sur-le-champ, après avoir attendu souvent des années pour exercer sa vengeance.

Il est aussi menteur, et la bonne foi, la franchise n'est pas sa vertu favorite, surtout lorsqu'il doit traiter avec un Européen; cependant il ne conviendrait pas d'être trop sévère avec lui sur ce chapitre; car il pourrait peut-être nous retourner souvent à bon droit cette critique.

Ce que nous pouvons lui reprocher à plus juste titre, c'est d'être sale; je sais bien qu'en Europe la propreté n'est pas toujours et partout très en honneur; cependant je ne crois pas que nous poussions la saleté au point où la pousse le Chinois. Chez nous, même le paysan, qui ne prend jamais de bain, change au moins de linge une fois par semaine, c'est une espèce de propreté. Le Chinois, lui, pendant la saison froide, accumule vêtement sur vêtement au fur et à mesure que la température baisse, et c'est à peine s'il se lave les mains et le bout du nez tous les matins. Dès que la saison chaude se fait sentir, il enlève ses fourrures également au fur et à mesure; aussi une famille chinoise sent-elle horriblement mauvais. Je crois que les seuls habitants un peu propres du Céleste Empire sont les coolies qui, pour leurs efforts musculaires, étant vêtus légèrement, sont obligés de laver la sueur qui les couvre après leur travail; mais on peut dire qu'en principe, le Chinois a peur de l'eau, surtout pour ses cheveux; un pauvre diable même, n'ayant pas de parapluie, mettra sa veste autour de sa tête pour abriter ses cheveux et se laissera stoïquement mouiller le corps.

Quoique en général doux et poli, quand il a ses motifs de se mettre en colère, le Chinois devient violent et se livre à des outrances de langage qu'on ne pourrait pas rapporter même en latin. Le fond de sa nature est plutôt cruel, quoique caché sous des dehors aimables; il est sans pitié pour le pauvre et le malade, il passera à côté d'eux sans s'arrêter ni se détourner. Que de fois dans mes voyages ai-je rencontré, dans les rues d'une ville, ou à la campagne sur les routes, des cadavres de gens morts sans que personne prenne garde à eux! même des squelettes laissés sans sépulture! Il va de soi que cette absence de pitié s'étend aux animaux.

Monument élevé à la mémoire d'une veuve fidèle.

Plus dépravé que le Japonais, le Chinois, à première vue, paraît cependant avoir une conduite meilleure; ce n'est là qu'une apparence; il est essentiellement licencieux mais toujours avec dissimulation. Quoique vicieux, il admire la vertu et la chasteté; lorsque des veuves, par exemple, ont vécu seules, pleurant leur mari défunt, il les honore après leur mort par des arcs de triomphe rappelant le dignité de leur vie. En fait de nourriture, à part les banquets de noces et de funérailles où il mange et boit à l'excès, il est généralement sobre et ne fait usage que du thé ou de l'eau.

Au point de vue commercial, sauf de très rares exceptions, il est admis par tous les Européens qui ont eu affaire à lui, que le Chinois est essentiellement honnête et qu'on peut compter sur sa parole, quoique l'argent ait sur lui un pouvoir d'attraction énorme. L'intérêt est le grand faible de la nation tout entière; il est le mobile de toutes les actions; dès qu'il se présente le moindre profit, rien ne coûte au Chinois, et il entreprendra les choses les plus pénibles; l'intérêt, c'est là ce qui met la Chine dans un mouvement perpétuel, ce qui remplit les rues, les rivières, les grands chemins. Pour l'intérêt le Chinois fera tout. Entendez deux mandarins, deux commerçants, deux coolies causer dans la rue; le mot tsien, argent, reviendra toujours dans la conversation.

CHAPITRE II

I. Type et nature du Chinois.—II. Les maisons et leur mobilier.—III. La nourriture chinoise.—IV. La famille chinoise, le mari et la femme, les enfants.—V. Religion et superstition, le feung chouei.—VI. Les jeux et divertissements.—VII. Les classes de la société.