Aujourd’hui, la féodalité est anéantie et le Mikado règne sur un pays uni et centralisé. Mutsu hito, 121e empereur du Japon, est considéré comme l’héritier direct en ligne continue de Jinmu Tennô ; il va sans dire que ce n’est là qu’une fiction. Les empereurs du Japon n’ont, depuis bien longtemps, selon toute vraisemblance, dans les veines aucune goutte de sang de Jinmu ; car avec les empereurs enfants qui se sont succédé sans interruption sous les Fujiwara, les Taira et les Minamoto[6] (800 à 1200 environ ap. J.-C.), avec le système des adoptions qui a été en vigueur de tout temps dans la famille impériale quand il n’y avait pas d’héritier mâle, il est évident que la ligne directe a été interrompue il y a longtemps. Mais les Japonais en conservent la fiction, et leur patriotisme exalté leur fait toujours considérer que leur race impériale descend de la divine Amaterasu, déesse du soleil (Amaterasu O mi Kami).

[6] Familles de Shôgun ou lieutenants généraux.

Les anciens seigneurs féodaux, connus sous le nom de Daïmios, ont tous fait leur soumission à l’Empereur, et forment aujourd’hui une partie de l’aristocratie japonaise ; je dis une partie, car l’aristocratie actuelle, en dehors des vieilles familles, compte dans ses rangs de simples plébéiens anoblis. La noblesse est une noblesse ouverte, comme en Angleterre, et l’Empereur confère les titres de duc, marquis, comte, vicomte ou baron à celui de ses sujets qu’il estime l’avoir bien servi, quelle que soit l’humilité de son origine.

Au-dessous des nobles viennent les Shizoku, anciens soldats et serviteurs des Daïmios et du Shôgun ; le titre seul les distingue du Heimin ou peuple, qui vient après eux ; car à aucun point de vue il n’y a de différence entre eux aujourd’hui.

Grande noblesse ou Kwazoku, petite noblesse ou Shizoku, peuple ou Heimin, tout le monde est égal devant l’Empereur et devant la loi.

Le Japonais est un peuple essentiellement facile à gouverner ; habitué sous l’ancien régime à une discipline extraordinaire, il a conservé son amour de la hiérarchie, de l’autorité, du respect des supérieurs. Un passant demandant son chemin dans la rue à un agent de police s’approchera de ce dernier avec une timidité respectueuse ; l’agent de police est le représentant de l’autorité !

V. — Habitué à obéir aux ordres de l’Empereur et de ses ministres, le peuple japonais ignorait ce qu’était une constitution ; pour moderniser davantage les rouages du gouvernement, le Mikado, sur le conseil de ses ministres, octroya une constitution à son peuple le 11 février 1889, avec Chambre haute et Chambre basse ; cette constitution est calquée sur la constitution de l’empire allemand, les ministres n’étant responsables que devant l’Empereur, et pouvant, par suite, se passer du Parlement lorsqu’ils le jugent à propos.

Les principaux articles de la constitution japonaise peuvent se résumer ainsi :

1. L’Empereur exerce le pouvoir législatif de concert avec les Chambres ; il sanctionne les lois et ordonne leur promulgation. Il convoque les Chambres, les ferme, les proroge et les dissout.

2. Quand les Chambres ne siègent pas, les ordonnances impériales ont force de loi. Il est bien dit que ces ordonnances doivent être soumises à la prochaine session du Parlement, lequel les révoque s’il ne les trouve pas à son gré ; mais qui oserait se prononcer au Parlement contre une ordonnance impériale ?