Pays montagneux et volcanique, le Japon renferme un nombre considérable de lacs, au Nord aussi bien qu’au Sud : je me bornerai à citer ici les trois principaux ; d’abord le lac Biwa, non loin de Kioto, dans la province d’Omi ; il a environ 74 lieues de tour, et doit son nom à sa configuration en forme de guitare japonaise (Biwa) ; des bateaux à vapeur font le service du lac dans tous les sens et offrent le confort désirable pour bien visiter les endroits remarquables.
Le lac de Hakone, fort petit, n’a que 5 lieues de tour ; mais il est très connu et très fréquenté par suite de sa situation dans un des sites les plus agréables du Japon.
Le lac de Chiusendji, dans la province de Shimodzuke, est situé au sommet des montagnes de Nikkô ; il a 8 lieues de circonférence ; c’est sur ses bords que les Européens habitant Tokio et Yokohama vont se réfugier pendant les chaleurs de l’été ; et grâce au chemin de fer qui relie Tokio à Nikkô, Chiusendji est devenu la résidence du corps diplomatique pendant les mois de juillet, août et septembre.
CHAPITRE II
I. Aborigènes et conquérants. — II. Infiltration chinoise ; Mongols et Ainos. — III. Le type japonais actuel. — IV. Avant et après la Révolution de 1868 ; aristocratie et peuple. — V. Constitution japonaise ; le gouvernement. — VI. Justice, tribunaux. — VII. Loi de finances, budget. — VIII. Loi électorale. — IX. L’Empereur et le Patriotisme. — X. La Nation ; sa dissimulation et son sourire. Caractère du Japonais. — XI. Religion et superstition. — XII. Les étrangers au Japon.
I. — Par qui le Japon était-il peuplé au début de l’histoire ? c’est là un problème qui n’a pas encore été résolu, et ne le sera, je crois, jamais. Il est fort probable qu’avant l’arrivée des conquérants, (les Japonais actuels), les îles de l’Extrême-Orient étaient peuplées, au Nord d’Aino, de Goldes et de Giliaks, races sibériennes dont on trouve encore des traces aujourd’hui à Yezo, à Sakhalin et dans la province de l’Amour soumise aux Russes ; le Sud semble avoir été la résidence de tribus canaques et négritos comme il en existe encore aux Philippines, aux Bonin, à Nouméa et à Taïti.
Mais à partir de 660 avant J.-C., date assignée au premier empereur japonais, ces différentes races ont été remplacées par un flot malais. Lorsque le chef de guerriers, connu sous le nom de Iwarehiko, vint avec ses bandes aborder dans l’île de Kiushu, il détruisit ou réduisit en esclavage les indigènes et, poussant toujours sa conquête vers le Nord, il atteignit le Honshu (île de Nippon). Proclamé empereur en 660 sous le nom de Jinmu Tennô, il laissa à ses successeurs, qui s’en acquittèrent fort bien, la tâche de continuer l’occupation du territoire. Le malais est donc incontestablement l’élément conquérant et dominateur au Japon.
II. — Il n’en est pas moins vrai qu’il y a eu une infiltration chinoise, par l’intermédiaire de la Corée. L’écriture, les lettres, les arts et les sciences de la Chine furent apportés au Japon par des indigènes du Céleste Empire, et à différentes reprises, les Empereurs du Japon firent venir dans leur pays des hommes et des femmes pour enseigner l’art de travailler les métaux et de tisser la soie. Il y eut donc un mélange mongol, mais il est hors de doute que ce mélange fut peu considérable, et si l’on retrouve aujourd’hui encore quelques Japonais nettement mongoloïdes, le fond du peuple présente le type malais bien prononcé ; on rencontre aussi, mais plus rarement, le type indigène aino, et il m’est arrivé, mais pas souvent il est vrai, de le retrouver chez certains Japonais ayant une abondante chevelure et une grande barbe noire, qui, vêtus à l’européenne, auraient pu à la rigueur, passer pour des Américains du Sud. Par contre, dans le Sud surtout, on découvre quelquefois le type negritos, cheveux crépus, teint noirâtre et lèvres épaisses.
III. — Groupement d’îles séparées du reste du monde, sans relations extérieures, sauf avec la Chine par l’intermédiaire de la Corée (tardivement d’ailleurs), tous ses ports fermés aux Étrangers vers 1617 à la mort de Iyéyasu : le pays vécut dans un isolement absolu. Ceci facilita un mélange, un amalgame de toutes les races qui s’étaient infiltrées sur le sol du Nippon et aujourd’hui le type japonais est bien un type à part : il est, en général, de petite taille, il a un grand torse sur des jambes courtes, et il est plutôt laid ; quelques types féminins font exception, mais on peut dire que, prises en bloc, les Japonaises sont plutôt jolies par leur toilette que par leur physique.
IV. — Avant la révolution de 1868 qui rétablit sur le trône le descendant de Jinmu Tennô et détruisit le pouvoir du Shôgun ou Lieutenant général, véritable empereur depuis plusieurs siècles, le Japon vivait en état de féodalité, et, sous l’autorité du Shôgun, les Daïmios ou princes feudataires détenaient les provinces ; le Shôgun occupant pour son propre compte Yedo (aujourd’hui Tokio) et les provinces environnantes, dont l’ensemble constituait le Kouan tô.