Voici les principaux articles que vend la France :
Lunettes et télescopes ; Boîtiers de montre en argent ; Mouvements d’horlogerie ; Beurre ; Antipyrine ; Chlorate de potasse ; Drogues et médecines ; Phosphore amorphe ; Phosphore jaune ; Bois de campêche ; Soies de porc ; Tubes de cuivre ; Plomb ; Livres ; Papiers à cigarettes ; Mousselines de laine ; Vins en bouteilles ; Vins en fûts ; Champagnes ; Eaux-de-vie ; Autres liqueurs ; Bouchons ; Savon de toilette ; Savon ordinaire ; Parfumerie.
Ainsi que je l’ai dit plus haut, notre principal article, la mousseline de laine, nous est peu à peu enlevé. En dehors de la concurrence suisse et allemande, au reste, il y a aussi la fabrication japonaise qui s’essaie, et finira par produire, non pas aussi bien que nous, mais suffisamment « made in Japan » pour satisfaire le goût et la bourse des clients.
Quant aux vins, si la France en importe, tout compris, c’est-à-dire vins rouges et blancs, en fûts et en bouteilles, champagnes, vins mousseux, pour 400.000 francs, c’est tout. Le Japonais, de même que le Chinois ou tout autre oriental, ne boit pas de vin. Avec les quelques barriques de gros vin rouge qu’il fera venir, le Japonais mélangera de la mélasse et du sucre et fabriquera ainsi du « vin japonais », délice des gourmets dans les restaurants de Tokio. Inutile de dire que ce produit innommable est horrible pour un palais européen.
Quant aux eaux-de-vie et liqueurs nous en importons pour 160.000 francs ; c’est pour la consommation de la colonie européenne.
X. — Comme on le voit, nous ne faisons pas grand commerce avec le Japon, et il est difficile pour nous d’y travailler davantage. Nous ne pouvons lutter avec les autres nations pour fournir aux Japonais ce dont ils ont le plus besoin : coton brut, métaux de toutes sortes et machines. Nous venons de voir que nos mousselines de laine sont en décadence et que notre principal article d’importation, le vin, n’y est pas apprécié.
Il ne faut pas non plus compter sur les articles dits parisiens, tels que : articles de Paris, modes, chapeaux, etc., car ils sont peu employés par les indigènes et, d’ailleurs, ceux qui se trouvent au Japon sont des articles de Paris fabriqués en Allemagne ; ils sont importés au Japon à des prix que la cherté de la matière première et de la main-d’œuvre française ne nous permet pas de concurrencer. Il est donc de toute évidence que nous n’avons pas grand effort à tenter de ce côté. Le Japon n’est pas, pour nous, un client, même pas un client pour nos objets de luxe, indiscutablement supérieurs à tous autres, car il est pauvre ; et quand il veut du luxe, il lui vient de Berlin, à bien meilleur compte.
Le commerçant japonais n’a pas la réputation d’être sérieux et fidèle à sa parole. Les autorités japonaises ont fait des efforts louables pour persuader à leurs compatriotes la grande franchise en affaires, et il y a lieu d’espérer que ces efforts ne resteront pas vains. Mais le Japonais est bien moins commerçant que le Chinois, et tous ceux qui ont eu des relations avec les deux peuples, sont unanimes à préférer le Chinois. D’ailleurs, toutes les grandes maisons européennes établies au Japon, toutes les banques ont des compradore et des assistants chinois, jamais de Japonais. Le commerçant japonais ne se fera pas scrupule de ne pas prendre livraison d’une marchandise si, pendant la traversée, le change a varié à son détriment ; il sait que l’Européen préférera encore avoir sa marchandise sur les bras plutôt que d’aller perdre son temps en procès.
Il m’est arrivé, souvent, de constater, dans des balles de soie expédiées de l’intérieur, à Yokohama, pour l’exportation, la présence de briques et de pierres, soigneusement recouvertes de quelques écheveaux, et il fut un temps où les exportateurs de soie étaient obligés de vérifier toutes les balles sans exception, vu l’impossibilité de s’en rapporter à la bonne foi du marchand indigène.
Ainsi que je l’ai déjà dit, le commerce total du Japon pour 1908 a subi une diminution de 282.375.000 francs. Peut-être est-ce la conséquence de la guerre russo-japonaise ; peut-être cela vient-il de la crise économique qui a sévi un peu partout, et qui s’est fait sentir au Japon comme ailleurs. Nous le verrons bientôt. En tout cas, il est bien certain que le Japon est las ; il a voulu courir et courir vite : il n’en a plus les moyens. Les journaux reflètent une lassitude, un découragement général ; seul le Japan chronicle ne se décourage pas et dit que si le Japon se ressent du lourd fardeau supporté depuis la dernière guerre et d’un système fiscal non moins lourd, il espère néanmoins le voir se relever ; mais, dit-il, ce sera lent.