Cependant ils en furent chassés en 1661 par Tching Tching Kong, fils de Tching Tchi Long, riche négociant du Tonkin, qui, après avoir équipé une flotte, envahit Formose, brûla quatre vaisseaux hollandais et permit à un autre de se retirer avec les Européens. Il constitua, ensuite, une sorte de royaume indépendant dans l’île ; mais en 1682, sous le règne de l’empereur Kang hi, Formose devint définitivement une possession chinoise.
L’île produit du maïs, des patates, des fruits, du tabac, de l’indigo, de la canne à sucre, du riz et du thé ; mais son principal article d’exportation est le camphre ; on y trouve aussi du charbon, du soufre, du pétrole.
Les Japonais, après avoir eu, en même temps que les Hollandais, contact avec les habitants de Formose, s’étaient retirés également et n’avaient plus eu de relations avec l’île. En 1874, un navire japonais, jeté sur la côte orientale, fut pillé par les indigènes et les matelots massacrés. Le gouvernement du Mikado, par l’entremise de son ministre à Péking, M. Soyeshima, réclama le châtiment des coupables, mais le Tsong li ya men répondit que la Chine se désintéressait de la question et que le Gouvernement japonais était libre de punir les sauvages comme il l’entendait.
Une expédition fut donc décidée, et le général Saïgo Tsukumichi fut mis à la tête des troupes ; la lutte ne dura pas longtemps ; les indigènes vinrent de suite à composition et firent la paix avec Saïgo. Mais la Chine alors, changea d’avis et entra en scène, et, pour éloigner les Japonais, consentit à une indemnité pour les familles des matelots massacrés.
Comme on le voit, les vues du Japon sur Formose datent de loin, et, à la suite de la guerre contre la Chine, en 1894-1895, l’île est passée sous sa domination.
En avril 1896, le régime militaire fit place à l’administration civile ; vers la même époque, le Gouvernement japonais traça un programme, d’une part pour subjuguer les tribus aborigènes, d’autre part pour organiser les voies de communication, les finances et les monopoles ; depuis lors, l’application de ce programme a été poursuivie sans interruption. Les finances de l’île sont devenues indépendantes depuis l’exercice 1905-1906, c’est-à-dire que les recettes du Gouvernement de Formose suffisent pour faire face aux dépenses administratives sans aucune aide pécuniaire du Trésor central ; bien plus, le revenu de l’île a même permis de solder les dépenses de certains travaux publics, auxquels on devait pourvoir au moyen d’emprunts. Pendant les années suivantes, malgré certains changements survenus dans la nature des recettes publiques, elles se sont accrues graduellement, et les finances de l’île se trouvent dans une situation satisfaisante.
II. — Dès l’exercice 1897-1898, un compte spécial fut dressé pour les finances de Formose ; il servit de base au Gouvernement pour projeter, puis réaliser l’autonomie financière de l’île. Le trésor central devait fournir des sommes importantes pour combler le déficit du budget de l’île ; on pensa que ce subside pourrait être diminué d’année en année ; aussi, le montant annuel fut-il établi en progression décroissante, dans la prévision que l’exercice 1909-1910 verrait les finances de Formose complètement indépendantes. Pendant l’exercice 1899-1900, et simultanément avec le commencement des travaux précités, sont créés les monopoles du camphre et du sel ; les services de bateau entre Formose et le Japon proprement dit et le long des côtes de l’île sont augmentés, ce qui facilite l’exécution d’entreprises gouvernementales et privées ; puis un service régulier de vapeurs entre Formose et la Chine est ouvert.
Tandis qu’en 1900-1901, l’administration consacre ses efforts à développer la production et les industries de l’île, et élabore des plans pour une extension des lignes de navigation à vapeur, elle prend des mesures, l’année suivante, pour perfectionner l’industrie du sucre et elle entreprend la tâche d’étudier les vieilles coutumes. En 1902-1903, elle s’occupe d’introduire des améliorations dans la manufacture du papier et du thé. Pendant les deux exercices 1903-1904, et 1904-1905, les travaux du cadastre ayant été achevés, un emprunt public est émis, d’un peu plus de 4.080.000 yen, destiné à compenser la taxe payable au propriétaire principal d’un terrain, et les recettes provenant de l’impôt foncier augmentent d’un million de yen ; puis, lorsque la loi des taxes spéciales extraordinaires est mise en vigueur, pour faire face aux dépenses de la guerre avec la Russie, le sucre est aussi soumis à Formose à une accise, et les étoffes tissées à une taxe de consommation ; de cette façon, on arrive à réaliser l’égalité dans l’imposition des taxes, et à procurer à l’île, en compensation de ceux qu’elle devait recevoir du Gouvernement central, les fonds destinés à combler le déficit de ses finances. Dans l’année 1905-1906, le Gouvernement de Formose est en mesure de renoncer à une somme d’environ 6.100.000 yen, montant approximatif des subsides qu’il devait recevoir du Gouvernement central pour combler le déficit survenu depuis ce même exercice jusqu’à celui de 1909-1910. Il décide, en outre, de payer avec les revenus de l’île, sans recourir à l’emprunt public, dont il est question plus haut, les frais de construction du chemin de fer et du port de Kelung, entreprises dont le coût devait être soldé avec le montant de cet emprunt. D’ailleurs, le déficit dans les revenus annuels devait être couvert, désormais, au moyen d’une réforme de l’impôt foncier et par l’adoption du monopole du tabac. Grâce à ces mesures, le compte spécial du Gouvernement de Formose passait, graduellement, de l’état d’indépendance théorique et légale à celui d’une indépendance réelle.
Pendant l’année financière 1908-1909, des plans ont été dressés, pour perfectionner les travaux d’utilisation des cours d’eau, aménager le port de Taku, améliorer la production du camphre, livrer de nouveaux terrains à la culture, développer l’exploitation des bois de charpentes et construire des voies ferrées ; un emprunt du Gouvernement fournira la somme de 38.990.000 yen nécessaires pour ces entreprises. Il a été décidé que ces travaux seraient commencés pendant l’exercice 1908-1909, terminés vers 1923-1924, et que l’emprunt serait remboursable dans les onze années qui suivront leur achèvement. La grande artère Nord-Sud du chemin de fer, qui va d’une extrémité à l’autre de l’île, a été achevée en avril 1908, et la longueur totale, soit pour la ligne principale, soit pour les embranchements, est de 444 kilomètres. Comme les progrès de l’industrie sucrière à Formose importent non moins au développement économique de la classe agricole qu’à la prospérité des finances générales de l’île, le Gouvernement s’est préoccupé d’augmenter considérablement l’étendue des terres consacrées à la culture de la canne à sucre ; la formation de nouvelles Compagnies, après la guerre russo-japonaise, jointe à l’augmentation du capital des Compagnies existantes, fait prévoir une production annuelle de 10.250 tonnes de sucre à partir de 1908-1910 ; aussi, pour assurer à cette industrie un ample approvisionnement de matières premières, le Gouvernement a augmenté les subventions et allocations destinées à favoriser la production sucrière, à livrer de nouveaux terrains à la culture dans la région des aborigènes, à aider la navigation entre l’île et la métropole, et à élever de nouvelles constructions. Cet accroissement de dépenses sera équilibré par les recettes de l’accise sur le sucre, les revenus des chemins de fer et le surplus des recettes de l’exercice précédent.
III. — Le premier monopole introduit à Formose fut celui de l’opium, suivi plus tard par ceux du sel, du camphre et du tabac. Ce n’est pas seulement en raison d’une nécessité financière que furent créés ces monopoles, ce fut aussi « en vue de sauvegarder la santé publique, de raviver l’industrie et de doter l’île d’une capacité commerciale effective ».