On voit bien des raisons de santé publique expliquées en ce qui concerne l’opium, mais pour le sel, le camphre et le tabac, on demeure rêveur. Quant à développer l’initiative privée dans l’industrie et dans le commerce en créant des monopoles, c’est une chose qui ne s’est jamais vue et ne se verra probablement jamais, puisque le fait de monopoliser tue précisément l’initiative et l’énergie des particuliers.
IV. — Quoi qu’il n’existât, au temps de la cession de Formose, aucun système monétaire organisé dans l’île, il n’en résultait pas de grands inconvénients dans la circulation des capitaux, en raison de l’insignifiance des transactions. Mais, avec leur développement, on sentit la nécessité de créer des banques comme organe de la circulation monétaire ; on établit donc la Banque de Formose (Tai wan ginkô), puis la Banque du Sud, la Banque d’épargne de Tai wan, la Banque Shôka et la Banque Kagi. En 1904 et en 1906, le Gouvernement japonais réforma le vieux système monétaire et aujourd’hui la circulation de la monnaie japonaise se fait à Formose comme au Japon.
Nikkô. — L’allée des Bouddhas.
V. — Autrefois le commerce de l’île était tout entier aux mains des Chinois ; par suite, en effet, de la proximité de la province du Fou Kien, il y avait communication constante, par jonques, entre les deux côtes. Par le traité de Tien Tsin, les ports de Taku, Anking, Tamsui et Kelung furent ouverts au commerce étranger, et cet événement fut le point de départ du commerce de Formose avec les nations occidentales. En 1895, après le traité de Shimonoséki, et la cession de l’île au Japon, les Japonais commencèrent à s’y établir.
Le commerce extérieur, pendant 1908, s’est élevé à 71.700.000 yen, soit une augmentation de 13.300.000 yen sur l’année précédente.
Dans ce chiffre, les exportations au Japon comptent pour 24.400.000 yen et celles à l’étranger pour 9.300.000 yen ; le total de l’exportation atteint donc 33.700.000 yen. Les importations du Japon se montent à 20.900.000 yen et celles des pays étrangers à 17.000.000 de yen donnant ainsi un total de 37.900.000 yen. Le surplus de l’exportation est dû au riz, au sucre et au thé, en dépit de la diminution subie par le camphre ; l’accroissement de l’importation provient d’une augmentation dans l’entrée des sucres, des machines, des rails, du ciment et des matériaux de construction.
VI. — Comme l’île de Formose est située en partie dans la zone torride, et que son sol est fertile, elle est riche en productions naturelles de toutes sortes. Le riz croît partout, sauf dans les districts montagneux, et il donne deux récoltes par an. Les progrès des travaux d’irrigation et le perfectionnement des méthodes de culture ont contribué à augmenter l’étendue des rizières ; la quantité de riz transportée au Japon en 1908 représente 10.000.000 de yen contre 6.000.000 en 1907.
La culture de la canne à sucre a pris un développement considérable et plusieurs raffineries se sont établies ; la valeur du sucre transporté au Japon en 1908 s’élève à 9.400.000 yen. C’est, avec celle du camphre, la seule industrie de Formose. Les forêts vierges qui recouvrent tout le centre de l’île n’ont pas encore été exploitées ; elles renferment des cryptomerias, des conifères de toutes sortes et aussi le hinoki ou chamœcyparis obtusa, arbre très estimé au Japon.
En somme l’île commence à peine à sortir de son long sommeil ; il faudra du temps et surtout beaucoup d’argent pour en exploiter les richesses naturelles.