La Corée est une grande péninsule qui s’avance en forme de cap dans la mer orientale (Tong hai), entre la Chine et le Japon. La mer du Japon la baigne à l’Orient ; le golfe du Leao Tong la sépare des provinces du Pe tche li et du Chan Tong du côté de l’occident. Au Nord, elle confine aux pays mandchoux ; au Midi elle a pour limite la grande mer ; enfin le fleuve Yalu, au Nord-Ouest, la sépare du Leao Tong. Elle a été autrefois habitée par différents peuples, et elle était divisée en plusieurs petits royaumes ; les trois principaux étaient ceux de Kaoli (Kôrai), Sin lo (Shinra), et Pe tsi (Hakusai), si souvent mentionnés dans l’histoire japonaise.
Au IIIe siècle av. J.-C, l’impératrice japonaise Zingu (Zingu Kôgô) envahit les trois royaumes et les soumit à un tribut, lequel était ponctuellement envoyé tous les ans du port de Fusan à la cour du Mikado, puis à celle de Shôgun. Mais la Chine considérait les royaumes coréens comme une de ses dépendances ; en 1392 elle intervint, comme elle le faisait toujours quand il y avait des révolutions intérieures, et elle plaça sur le trône de la Corée, devenue alors un pays centralisé, la dynastie de Han ; les relations avec le Japon s’affaiblirent et même finirent par cesser complètement au milieu du XVe siècle.
Cependant les Japonais, se rappelant les hauts faits de leur impératrice douze siècles auparavant, songeaient toujours à envahir la péninsule, et ce fut le fameux Hideyoshi (Taikosama) qui, en 1592, entreprit une nouvelle expédition. Pendant six ans, le malheureux pays de Corée fut livré au meurtre et au pillage ; les Japonais s’étaient avancés très loin vers le Nord, et ils occupaient toutes les places fortes. Enfin la Chine s’émut ; elle n’avait pas encore alors perdu l’esprit militaire et guerrier ; elle accourut au secours des Coréens, refoula les Japonais vers le Sud et les rejeta à la mer en 1598.
Les relations du Japon et de la Corée se trouvèrent de nouveau interrompues.
Elles reprirent, par intermittences, jusqu’au moment où, en 1868, une ambassade japonaise vint informer le régent du royaume de Corée (le Tai wen Kun) de la restauration impériale et de la révolution qui venait de s’accomplir au Japon. L’ambassade fut reçue froidement. En 1872 M. Hanabusa, en 1874 M. Moriyama furent envoyés à Séoul pour essayer de renouer des pourparlers ; mais ils n’y réussirent pas.
Où la diplomatie et la persuasion échouèrent, la force, comme toujours, réussit. En effet, un petit bateau de guerre japonais, le Uniô Kwan, fut attaqué en face de la grande île de Kang hoa ; les Japonais demandèrent réparation et s’adressèrent à la Chine. Cette dernière, occupée ailleurs, de même qu’elle avait désavoué les Formosans en 1874, désavoua la Corée en 1875, et déclara qu’elle n’était pour rien dans ses affaires. Les Japonais, ainsi mis à l’aise, conclurent avec le roi de Corée un traité qui déclara tout d’abord la Corée pays indépendant à l’égal du Japon. Les ports de Tchemulpo, Fusan, Gensan étaient ouverts au commerce japonais ; la capitale, Séoul, recevait un résident japonais, et aussitôt les sujets du Mikado s’établirent en nombre considérable dans les pays qui s’offraient à leur activité.
En 1882, tout à coup, arrive au Japon la nouvelle que M. Hanabusa, le ministre résident, a été chassé de Séoul, la légation japonaise attaquée, quelques agents tués et que toute la colonie s’est réfugiée à Tchemulpo. Nouvelle intervention japonaise, mais aussi nouvelle intervention chinoise ; les deux pays finissent par s’entendre ; et le Japon s’arrange avec la Corée, en signant un traité commercial très avantageux pour lui, et en stipulant une forte indemnité.
De 1884 à 1894, la cour de Corée fut en révolution permanente. La reine, le Tai wen Kun, le roi, et un certain Kim ok Kiun, révolutionnaire et novateur, occupent la scène. Kim ok Kiun soulève des bandes de combattants, les Tong hak, qui parcourent le pays et le mettent à feu et à sang. La Chine et le Japon envoient des troupes ; il y a conflit et en 1894, au mois d’août, le Japon déclare la guerre à la Chine.
La Chine battue reconnaît l’indépendance de la Corée et retire toutes ses troupes, laissant le pays sous l’influence absolue du Japon.
Mais la Russie entre en ligne : négociations russo-japonaises qui n’aboutissent pas ; guerre, traité de Portsmouth sont des événements que je n’ai pas besoin de rappeler ici. Le Japon est arrivé au but qu’il poursuivait, il est maître en Corée.