A côté, se sont peu à peu créées des superstitions populaires : celle du renard à qui on dresse des temples et qu’on apaise par des sacrifices et des prières ; celles des dieux du vent, de la pluie, du tonnerre, etc…

Après le Shintoïsme, vient le Bouddhisme qui a supplanté le premier dans le peuple ; le Shintoïsme est resté la religion de l’Empereur ; le peuple la respecte, va au besoin faire des prières au temple shintoïste, mais il a adopté le Bouddhisme, plus à portée de son intelligence, plus palpable dans ses dogmes et ses cérémonies ; c’est par la Corée que le Bouddhisme a été introduit au Japon sous le règne de Kin Mei tennô, en 563 de J.-C. Il eut, pour s’installer, bien des difficultés, mais la protection impériale aidant, il prit vite racine et le Japon devint très rapidement bouddhiste. C’est, à l’heure qu’il est, la religion la plus répandue.

En fait donc, les Japonais ont deux religions : le culte des Kami, vieille religion nationale, et le culte de Bouddha importé de l’Inde par la Chine et la Corée. Il n’est pas rare de voir un Japonais, un jour de fête religieuse, aller prier aux deux temples, l’un après l’autre.

Le Bouddhisme, au Japon, s’est scindé en plusieurs sectes qui toutes ont leur temple principal à Kiôtô. A l’époque de Ota Nobunaga (1553) Kiôtô était une vraie forteresse de bonzes qui se révoltaient fréquemment contre le pouvoir ; ils furent souvent châtiés et Nobunaga en fit un massacre effroyable.

Aujourd’hui la religion compte pour très peu de chose au Japon et seule la superstition y a toujours de profondes racines. Les classes élevées, imbues plus ou moins d’idées européennes, professent le plus souverain mépris pour tout ce qui est culte et ne conservent que l’habitude des rites shintoïstes aux jours de fête ; par contre il m’a été affirmé de bonne source, et je n’ai pas de peine à y croire, que les grands personnages de l’État consultent les sorts tous les matins !

L’État, en dehors du culte de Shinto, ne se mêle en rien de la religion de ses sujets, et il est bien plus tolérant en cela que beaucoup de pays d’Occident : le catholicisme, le protestantisme, l’orthodoxie grecque peuvent s’y développer en toute sécurité, pourvu qu’ils n’aillent pas contre les lois de l’Empire ; il est vrai que l’Empire n’a édicté aucune loi d’exception contre eux, ce qui leur rend facile la tâche de se soumettre aux lois communes. Les anciennes lois contre les chrétiens ont été abrogées.

Au point de vue politique le clergé n’a donc aucune espèce d’influence au Japon. Prêtres de toutes sortes et moines de toutes catégories vivent en paix, ne tracassant personne et n’étant pas tracassés. Les moines mendiants parcourent même encore la rue le matin, récitant des prières devant les portes et recevant les aumônes des fidèles.

Quelques temples bouddhistes sont des monuments remarquables, bien que construits entièrement en bois ; ainsi le voyageur au Japon ne peut aller à Kiôtô sans visiter : Nishi Hongwan ji et Higashi Hongwan ji ; Kio Midzou dera ; Chi on inn. Les deux premiers se trouvent dans la ville même et n’ont pas le grandiose entourage des deux autres. Élevés sur la colline de Hiyézan, ils ont un cadre de verdure et d’arbres remarquablement beau qui rehausse évidemment leur splendeur aux yeux du visiteur. Au mois de mai Kiôtô et ses temples et ses palais attirent des pèlerins de toutes les parties du Japon.

Comme temple shintoïste il faut voir le temple de Gi on ; mais les temples shintoïstes sont de bois blanc, sans peinture aucune, et n’ont comme ornement que le miroir et le sabre, legs fait au premier empereur par la divine Amaterasu. On n’y trouvera donc aucun art, aucun décor ; seul le toit, d’architecture et de forme chinoises, mais moins massif, plus élégant et élancé, est quelquefois une merveille de construction.

XII. — Au commencement de leurs relations avec le Japon, les étrangers vivaient dans les îles en conservant leur statut national. Ils n’avaient, il est vrai, pas le droit d’habiter en dehors des limites fixées par les traités, dans les ports de Tokio, Yokohama, Osaka, Kobe, Nagasaki, Niigata, Hakodate, mais ils ne relevaient pas des lois japonaises et seuls leurs consuls pouvaient les juger et les condamner ; quand ils voyageaient dans l’intérieur, il leur fallait un passeport délivré par les autorités japonaises sur la demande de leur ministre, et ils ne pouvaient s’écarter de l’itinéraire inscrit sur le passeport sous peine d’être reconduits au port ouvert le plus voisin.