II. — Parmi les endroits intéressants pour les étrangers, on peut citer le grand temple de Kowannon à Asakusa, non loin d’Uyeno, et les temples de Shiba dont j’ai déjà parlé plus haut. Il y a, en tout, près de deux mille temples à Tokio, mais peu méritent la peine d’être visités. L’un des plus fréquentés est le temple de Sengakuji, à Shinagawa, où se trouvent les tombeaux des fameux quarante-sept rônins.
Les districts de Honjo et Fukagawa sont les côtés calmes et tranquilles de la capitale ; ils sont reliés à la ville propre par cinq ponts : Adzuma Bashi, Umaya Bashi, Riogoku Bashi, O Hashi, et Eitai Bashi (Hashi, par euphonie Bashi : Pont).
Tokio est en pleine transformation, et l’on peut voir, à côté de maisons européennes, élevées par des nobles ou de riches bourgeois, les maisons en bois du peuple. L’éclairage à l’électricité a été installé dans les plus beaux quartiers ; les autres étant éclairés soit au gaz, soit à l’huile de pétrole. Des tramways électriques, des omnibus circulent partout ; mais le caractère général de la ville est bien triste et sombre, malgré les bouquets de verdure qui sortent par-dessus les petits toits.
III. — Ce qu’il y a de joli ce n’est pas Tokio, ce sont les environs : Meguro, Ikegami, Kawasaki, Kanazawa, sur le bord de la mer, l’un des plus ravissants endroits du Japon, d’où l’on a huit points de vue charmants connus sous le nom de Kanazawa hakkei, les huit vues de Kanazawa.
Kamakura, également sur le bord de la mer, aujourd’hui simple bourgade, autrefois capitale du Shôgun Yoritomo (1185), possède encore quelques vestiges de sa splendeur ancienne, notamment le temple de Hachiman, et le grand Bouddha en bronze dans la tête duquel peut tenir un homme de la taille de deux mètres.
Enoshima, île sacrée, ressemble assez au Mont Saint-Michel en France, avec ses temples, ses grottes, ses caves ; lieu de pèlerinage d’été, où les Européens vont souvent passer quelques jours de repos et respirer l’air marin et l’odeur des sapins.
Yokosuka, charmante petite ville, d’un côté sur la mer, de l’autre adossée à des collines verdoyantes ; c’est là que les Japonais ont créé, avec l’aide d’ingénieurs français, leur premier arsenal maritime. Aujourd’hui c’est un des principaux arsenaux, et l’activité y est prodigieuse ; on y répare et on y construit même des bateaux de guerre, et on aurait peine à croire, en voyant les environs si riants et la mer si calme, qu’il se cache là, au fond du golfe, une fabrique de destruction.
Hakone. — Cet endroit, situé au milieu des montagnes, assis sur un lac aux eaux très fraîches, est l’une des stations d’été fréquentées par beaucoup d’Européens de Tokio et de Yokohama. On va d’abord par le chemin de fer jusqu’à Kôdzu, et de là un tramway antique, traîné par un cheval vous laisse au pied de la colline de Miyanoshita.
Cette dernière bourgade est également fréquentée, et il y existe un bel hôtel européen pourvu de tout le confort désirable ; de là on se dirige sur Yumoto où se trouvent des sources sulfureuses, et de ce dernier endroit on parvient à Hakone. Cette petite ville était autrefois la clef du Kwantô (possessions directes du Shôgun), et les passes occidentales de Hakone, donnant sur le chemin de Kioto, étaient gardées sévèrement. Nul ne les franchissait sans passeport. Hakone est l’un des plus charmants endroits qu’un voyageur, qui n’a pas le temps d’aller loin dans l’intérieur, puisse visiter. La nature y est admirable ; de grands cryptomérias ombragent les bords du lac, où l’Empereur possède un palais d’été, et la flore de ces régions est délicieuse.
Atami (la mer chaude), que l’on atteint en franchissant les montagnes de Hakone vers la mer, est un séjour où les Japonais vont jouir du calme et du repos. Des sources d’eaux chaudes intermittentes s’y trouvent et sont assaillies de nombreux baigneurs.