IV. — L’une des plus belles excursions peu éloignées de Tokio est celle du Fuji yama, auquel on arrive en franchissant, au-dessus de Hakone, le col de l’Otomitoge. L’ascension de la montagne n’a rien de bien pénible et il est assez original de la faire au mois d’août, au milieu de tous les pèlerins japonais. On a, du sommet de l’ancien volcan, une vue superbe, mais généralement, par suite des nuages, on ne voit rien du tout. A cette époque de l’année, l’humidité de l’atmosphère au Japon est telle, qu’il est très rare d’avoir un ciel parfaitement clair.
Nikko. — A proprement parler, Nikko n’est pas une ville ; c’est un ensemble de temples et de tombeaux dans un cadre de montagnes et de torrents absolument admirable ; autour de ces temples s’était formé un petit village qui, à la suite de la venue des Européens, s’agrandit et vit s’élever des maisons et des hôtels. C’est là, en effet, que les résidents étrangers prirent peu à peu l’habitude d’aller passer l’été, et aujourd’hui de confortables hôtels à la mode d’Europe se sont installés. Toutes les maisons et les rues sont éclairées à l’électricité, et, il faut bien l’avouer, cet envahissement de l’Occident a fait perdre à Nikko la plus grande partie de son charme.
Quoi qu’il en soit, l’étranger ne manquera pas de s’y rendre et d’y visiter les tombeaux et temples de Iyeyasu et de Iyemitsu, les cascades de Kirifuri et d’Urami, les belles montagnes et le lac de Chusen ji. Cela constitue un ensemble remarquable, et c’est si vrai que les Japonais en ont fait un proverbe : Nikko mi na kereba kekko to yu na ; si vous n’avez pas vu Nikko ne dites pas le mot « merveilleux ». En dehors de Nikko, et dans le même massif de montagnes, on peut excursionner, à Ikao, Ashio, à l’Asama yama, volcan encore en activité, et qui vomit constamment de la fumée, mais dont on peut faire facilement l’ascension.
V. — Sendai. — Cette ville n’a rien de particulièrement intéressant, et si on la cite, c’est qu’il faut s’y rendre pour visiter la baie de Matsushima, qui est considérée comme une des merveilles du Japon. C’est une nuée d’îles vertes et couvertes de sapins, semées dans une baie bien ouverte ; des ponts en bois fort élégants relient parfois deux îles entre elles ; des maisons de thé sont édifiées dans les sites les plus appréciés des Japonais, et l’œil est dans le ravissement devant ces merveilles de la nature embellies encore par la finesse du goût japonais.
Niigata. — Ville morte ; quoique l’un des premiers ports ouverts aux Européens. Ces derniers n’y sont jamais allés, d’ailleurs, le port étant très mauvais et les bateaux étant obligés de mouiller très loin au large. La côte est d’ailleurs fort inhospitalière, surtout pendant la mousson de nord-est.
Hakodate. — Encore un des ports ouverts autrefois aux étrangers, c’est la première ville élevée par les Japonais dans l’île de Yezo. Elle a aujourd’hui environ 60.000 habitants mais n’offre rien de remarquable.
VI. — Nagoya. — Elle vient, pour les Japonais, immédiatement après les trois shi (Tokio, Kioto, Osaka). Elle n’est pas sur le bord de la mer, mais on y arrive soit en débarquant au port d’Atsuta no miya, véritable faubourg de la ville, à laquelle on parvient sans quitter l’alignement des maisons, soit en prenant le chemin de fer de Tokio qui y conduit en douze heures. C’est l’une des villes commerçantes et industrielles du Japon ; elle conserve aussi, dans son enceinte, le plus beau des châteaux féodaux de l’ancien temps, construit en 1615 par le célèbre Kato Kiomasa, et où se trouve logé aujourd’hui l’état-major de la troisième division d’infanterie. En dehors du château, il y a quelques temples remarquables : Asahi jimmei sha ; Sakura Temmangui ; Da Shu Kwan on ; Chô fukuji.
Kioto. — Bien que n’atteignant pas le chiffre d’habitants que possèdent Tokio et Osaka, Kioto est la ville la plus célèbre du Japon au point de vue historique. Son nom veut dire « la capitale » car elle a été, pendant plus de mille ans, la résidence des Empereurs. Kioto est élevée de 162 pieds au-dessus du niveau de la mer, et elle est située près du centre de la province de Yamashiro à l’extrémité Nord d’une plaine fertile qui rejoint, du côté Sud, la grande plaine de la baie d’Osaka. De trois côtés elle est entourée de collines couvertes d’arbres. La plus haute, du côté Ouest, est l’Atago ; au Nord, le Kuruma, et, au Nord-Est, le Hieizan ; vers l’Est, de plus petites collines la séparent du lac Biwa, et c’est, sur ces collines, que l’on trouve les sites et les temples les plus remarquables. Des collines du Nord coulent trois ruisseaux qui, en se réunissant, forment le Kamogawa, petite rivière qui arrose la partie orientale de la ville. Le plus souvent, d’ailleurs, le Kamogawa n’arrose rien, son lit étant à sec, et n’offrant à la vue qu’une plaine de sable et de cailloux, avec, çà et là, quelques trous pleins d’eau. Mais, pendant les pluies d’été, le Kamogawa roule des flots souvent trop forts et qui sèment la destruction en débordant dans la ville et la campagne. Un ancien Empereur avait l’habitude de dire : « Il y a trois choses dont je n’ai pas encore trouvé moyen de me rendre maître : jeter les dés, contenir les moines turbulents de Hieizan et régulariser le Kamogawa. » Deux canaux, communiquant avec le Kamogawa, arrosent les autres parties de la ville. Elle est divisée en deux circonscriptions administratives : Kami Kiô Ku ou ville haute (partie Nord), et Shimô Kiô Ku ou ville basse (partie Sud).
La population a bien diminué, et elle est loin d’être ce qu’elle était aux temps féodaux, et surtout à l’époque du moyen âge, alors que la Cour y habitait. La fondation de Yedo au XVIe siècle, et l’autorité ascendante des Shôgun, avait déjà porté un coup à Kioto, et, en 1868, lorsque l’Empereur fixa à Yedo (Tokio) sa résidence, il entraîna avec lui une grande partie de la population. Actuellement Kioto peut avoir 300.000 habitants.
Le climat y est sain, généralement doux, mais, cependant, un peu chaud l’été. La température moyenne est d’environ 14° centigrades ; la maxima étant 36° et la minima 11°. Le mois le plus chaud est août, et le mois le plus froid janvier. L’air y est assez humide, 77 pour 100 ; la pluie y tombe en abondance en juillet et août.