VII. — La presse n’est pas précisément libre au Japon, et des règlements féroces la maintiennent dans le droit chemin, le chemin de l’approbation du pouvoir ; cependant quelques audacieux critiquent quand même les gouvernants, et en somme, se tirent encore d’affaire en dégageant de leurs critiques la personne de l’Empereur et la famille impériale pour dauber sur les ministres et leurs associés. Il existe aussi une presse socialiste, mais dans l’ombre, et elle attend son heure.

A Tokio, il y a plus de cent journaux et revues, quotidiens, hebdomadaires ou mensuels. A Osaka il en est de même. Dans la province, chaque préfecture a son journal, et, généralement, une partie est imprimée en caractères faciles et courants (hirakana) pour ceux qui ne possèdent pas les caractères chinois.

VIII. — Les cours et tribunaux qui connaissent des crimes et délits sont ainsi répartis : une cour de cassation, 7 cours d’appel, 49 tribunaux de première instance, 310 tribunaux de la justice de paix. La justice commence à être assez bien organisée dans tout l’Empire : le Japon a tenu à honneur de se conformer aux coutumes et usages d’Europe.

Il y a encore beaucoup à faire pour avoir un personnel de magistrats réellement compétents, mais c’est une question de temps.

Le fort du Japonais c’est la police ; méfiant et soupçonneux par atavisme et par éducation il est policier par nature ; aussi est-il étonnant dans le métier de détective. D’ailleurs, si l’on songe qu’il y a, au Japon, un agent de police pour 1.247 habitants, on comprendra pourquoi la police est mieux faite à Tokio qu’à Paris et pourquoi il est plus sûr de se promener à minuit à Riôgoku bashi que sur le pont de la Concorde. On compte dans tout l’Empire : 731 stations principales ou bureaux de police ; 737 succursales des bureaux de police ; 2.746 postes urbains de police ; 12.558 postes ruraux de police ; 2.337 inspecteurs et commissaires de police ; 38.581 agents de police.

Malgré cela il y a eu 985 maisons dévalisées avec effraction ; et 232.854 maisons dévalisées sans effraction ; par contre les vols sur les personnes ne sont que de 28.000 environ pour la même année.

CHAPITRE IX

I. Armée ; instructeurs français et allemands. — II. Marine ; instructeurs et ingénieurs français ; professeurs anglais. — III. Système de recrutement ; dernières modifications ; réorganisation actuelle ; augmentation des divisions et de l’artillerie. — IV. État actuel de la marine ; projets de construction. — V. Conclusion.

I. — L’Armée et la Marine méritent un chapitre spécial ; car c’est ici qu’est l’âme japonaise. Le Japon a conservé de ses traditions l’amour du métier des armes, et tout Japonais, on peut le dire, naît soldat. Déjà, dans l’antiquité, le Japonais avait comme principale occupation : se battre, et il en fut ainsi à travers le moyen âge, jusqu’à l’époque actuelle. Il est vrai de dire qu’il y a, jusqu’à présent, fort bien réussi.

Les premiers instructeurs de l’armée japonaise moderne furent des Français, appelés par le gouvernement du Shôgun, vers 1866, alors que la révolution ne s’était pas encore accomplie et que les Tokugawa étaient considérés par l’Europe comme les souverains du Japon. Après le rétablissement du Mikado, malgré nos désastres de 1870, ce furent encore des officiers français que le Japon demanda pour former son armée ; nous pouvons donc sans forfanterie dire que nous avons fait l’armée japonaise. Nos officiers y sont restés jusqu’en 1888 et ce n’est qu’à cette époque que le gouvernement japonais fit venir le Major Meckel de Berlin, qui passa trois ans à Tokio comme professeur à l’École de guerre. Aujourd’hui les Japonais se sont affranchis de tout le monde, et grâce aux nombreux officiers qu’ils envoient en France et en Allemagne, ils sont parfaitement au courant des choses militaires qu’ils s’assimilent fort vite, grâce à leur remarquable aptitude naturelle.