»Attendu que la Constitution du 4 novembre 1848, en substituant le régime du suffrage universel au régime du suffrage censitaire ou restreint dont les femmes étaient exclues, n’a point étendu à d’autres qu’aux citoyens du sexe masculin, qui jusqu’alors en étaient seuls investis, le droit d’élire les représentants du pays aux diverses fonctions électives établies par les constitutions et par les lois; que cela résulte manifestement des lois du 11 mars 1849, 2 février 1852, 7 juillet 1874 et 5 avril 1884, mais plus encore de leur esprit attesté par les travaux et discussions qui les ont préparées et aussi par l’application ininterrompue et jamais contestée qui en a été faite depuis l’institution du suffrage universel, lors de la formation première ou de la révision annuelle des listes électorales;
»D’où il suit qu’en déclarant que la demoiselle L. Barberousse ne devait point être inscrite sur les listes électorales le jugement attaqué, loin de violer les dispositions de la loi invoquée par le pourvoi, en a fait juste application; rejette le pourvoi....»
L’arrêt est des plus clair: la question est nettement tranchée. Ce n’est plus un texte sec et aride qu’on applique, c’est la discussion, c’est l’interprétation, c’est la jurisprudence qui fait loi. Concluons donc: légalement la femme n’a pas droit de voter!
Pourquoi? direz-vous, peut-être, Mesdames! Le législateur serait-il infaillible! A cela nous n’osons répondre. Nous aimons mieux laisser cette douce tâche au célèbre économiste M. Giddes, devant la compétence duquel vous vous inclinerez certainement:
«C’est dans l’intérêt de l’ordre et des bonnes mœurs que tous les législateurs ont d’un commun accord refusé à la femme toute participation aux droits politiques. De tous temps, l’instinct des peuples a senti que la femme en sortant de l’ombre et de la paix du foyer pour s’exposer au grand jour et aux agitations de la place publique, perdrait quelque chose du charme qu’elle exerce et du respect dont elle est l’objet».
Mesdames les féministes, méditez longuement ces admirables lignes. Il y va de votre charme, de votre beauté, de votre cœur, de votre douceur et de votre esprit. Abandonnez ce rêve excentrique de la femme électeur. Croyez-nous, le geste ne serait point élégant et vous risqueriez fort de changer en un désert l’autel où tous vos adorateurs viennent en foule se prosterner à vos pieds!
2e: La femme doit voter parce qu’elle est l’égale de l’homme
Le sexe constitue-t-il une infériorité ou une supériorité, selon qu’il est mâle ou femelle? Non. La femme est l’égale de l’homme, c’est-à-dire qu’entre ces deux créatures il n’existe aucune différence, soit au point de vue physique, soit au point de vue intellectuel et moral. Nous n’avons qu’un être subdivisé en deux parties: l’homme et la femme. Ces deux parties sont identiques, égales, se valent, et par conclusion auront les mêmes devoirs et nécessairement les mêmes droits.
Examinons en premier lieu le côté scientifique.
La maternité n’est point, comme certains savants l’ont prétendu, une des causes primordiales de l’état d’abaissement dans lequel la femme est restée stationnaire. La maternité est une des fonctions les plus belles et les plus sacrées qui donne à la femme son auréole d’éternelle tendresse et nul ne songerait à prétendre sérieusement qu’elle constitue à son égard une cause d’infériorité. Darwin, Lombroso, le docteur Cleisz nous démontrent qu’elle n’oblige point la femme de jouer un rôle social inférieur à celui de l’homme.