Peu nous importe, malgré les études approfondies de la doctoresse Madeleine Pelletier, que la comparaison de la glabelle des arcades sourcilières, des mandibules et des crêtes d’insertion, la conduisent à la conclusion que l’homme se rapproche plus du singe que la femme![22].

Cela nous rappelle la spirituelle réflexion d’une jeune fille arrêtée devant les singes du Jardin des Plantes: «Après tout, il ne leur manque que de l’argent». Peu flatteur, n’est-ce pas? Mais enfin, Madame la doctoresse Pelletier, si nous sommes des dégénérés, ayez la bonne grâce d’avouer que nous sommes des dégénérés supérieurs! Vous ne pourriez en dire autant?

Donc transporter la discussion sur le terrain scientifique pour savoir si la femme est l’égale ou l’inférieure de l’homme nous semble téméraire. Les arguments sont purement théoriques, les conclusions fantaisistes, et, de plus, il n’est nullement démontré qu’il existe un rapport entre la capacité cranienne ou le volume du cerveau et l’intelligence[23]. La question reste entière.

Il n’en est point de même de la femme au point de vue intellectuel. En toute sincérité, Mesdames, en envisageant la question de sang-froid et avec impartialité, croyez-vous qu’une comparaison puisse être faite avec l’homme? Non! Nous vous accordons et reconnaissons volontiers la présence dans votre camp de femmes d’une rare intelligence et d’un réel talent. Nous reconnaissons l’existence d’œuvres fortes et puissantes créées par votre génie. Dans toutes les branches de la science humaine, des femmes ont eu l’auréole de la célébrité, mais ne sont-ce point là des types d’exception qui tiendraient tous dans un salon? Et si nous envisageons en général, toutes les femmes depuis le commencement des siècles en posant cette question que vous doit l’humanité? nous sommes forcés de répondre: Rien ou pas grand chose. Dans vos plus brillantes manifestations, votre esprit n’a pas atteint les hauts sommets de la pensée, il est resté pour ainsi dire à mi-côte[24].

«Les femmes n’ont fait ni l’Illiade, ni l’Enéide, ni la Jérusalem délivrée, ni Phèdre, ni Tartuffe, ni Athalie, ni Polyeucte, ni le Panthéon, ni la Vénus de Médicis, ni l’Appollon du Belvédère. Elles font quelque chose de plus grand. C’est sur leurs genoux que se forme ce qu’il y a de plus excellent au monde: un homme et une femme[25]

«Toute œuvre forte de la civilisation est un fruit du génie de l’homme»[26].

Vous invoquez Jeanne d’Arc, Mesdames! Qu’aurait-elle été sans ses prétendues voix? Et puis, à la fille à soldats, à l’héroïne coureuse d’aventures, à l’immortelle française aux mœurs libres et au cœur chevaleresque, oseriez-vous aujourd’hui, comtesses et nobles dames tendre vos belles mains gantées, vous qui par pose et snobisme voulez faire vôtre une femme que vous auriez dédaignée et repoussée.

Vous nous citez des noms de grandes reines! Savez-vous pourquoi une reine gouverne mieux qu’un homme? C’est que sous une reine c’est d’ordinaire un homme qui dirige, tandis que sous un roi c’est généralement une femme[27].

Non, comme nous le disions tout à l’heure, la question est mal posée. Chercher à comparer la femme à l’homme, savoir si elle lui est égale, inférieure ou supérieure, est un faux départ, car la femme est autre que l’homme.

Oui il serait fou, d’une folie sans excuse, de parler de la supériorité d’un sexe sur l’autre, parce que l’on ne peut comparer deux êtres ayant la même origine et qui diffèrent dans tous les détails; parce que l’homme et la femme sont deux moitiés d’un tout, semblables mais non égales; parce que la femme n’est ni le sexus sequior dont parle Schopenhauer, pas plus qu’elle n’est l’homme-femme de Stuart Mill.