Leur montrer par des conférences, des brochures, des avertissements, le gouffre vers lequel ils se précipitent! Ils n’y assisteront pas; ils ne vous écouteront pas.

Les enrôler dans une société antialcoolique? Ils en riront! en auront honte.

Un remède contre l’alcoolisme pour le supprimer? C’est chimère! il n’existera jamais. Mais alors essayons de l’amoindrir.

Commençons par donner à nos enfants une éducation non scientifique, mais pratique; sans trêve ni repos, montrons-leur tous les dangers de ce mal affreux; à nos petits soldats apprenons chaque jour, au lieu d’une stupide théorie militaire, les conséquences de ce vice effroyable; enfin que nos législateurs, avec une indomptable énergie, votent des lois plus sévères et plus rudes et surtout fassent impitoyablement la guerre à ces alcools frelatés, permettant de donner le verre à 10 centimes! Quand on songe que les droits par hecto sont de 220 francs.

Voilà le point faible de l’alcoolisme. Supprimez les mauvais alcools, traquez les eaux-de-vie bon marché, empêchez tous les vulgaires bistros de servir pour deux ou trois sous un soi-disant apéritif ou liqueur qui n’est autre chose que du poison; si l’impôt sur l’alcool, existant actuellement, ne suffit pas à enrayer le vice, eh! bien augmentez-le toujours[40]. Mais en même temps resserrez les mailles du filet qui enlacera les débitants et les cafés d’ouvriers, et si quelqu’un trouvait, par hasard, cette mesure antidémocratique, nous répondrions que de l’antidémocratie on n’en a cure, pourvu que le sang du peuple français soit fort et pur.

Et, maintenant, ne répétez pas cette énorme sottise que les législateurs conservent les cafés et les bars pour leur permettre d’être réélus; non, ne croyez point, Mesdames, que des hommes politiques, qui pour être politiques n’en sont pas moins cependant des gens honnêtes et respectables, s’abaissent à ce point.

C’est peu connaître l’esprit français que de prêter un seul instant de semblables intentions à nos représentants.

N’écoutez point en cela les voix réactionnaires vous chantant l’éternel couplet de la pourriture, de la dégradation des mœurs parlementaires. La République aurait-elle donc le triste apanage d’être un régime de honte et de boue? Et ne pourrait-on pas sans peine démontrer que les empires et les royautés n’ont été qu’une longue théorie de sang et qu’un amas de ruines.

Mettons les choses au point et disons qu’en ce siècle de lutte pour la vie les actes les plus simples revêtent toujours un caractère d’égoïsme bien caractérisé. Si le candidat parcourt les cafés, accusez les mœurs de notre siècle, voulant que ce soit là que le député fasse sa conférence, voit ses électeurs, leur cause, leur développe ses idées! De là à soutenir l’alcoolisme, il y a loin, très loin!

Quant aux diatribes contre les règlements des prostituées, je vous dis: Attention! fausse sensibilité. Qu’il y ait des hommes lâches et sans cœur abandonnant de pauvres filles sur le trottoir, il y en a, et la seule vengeance contre leur lâcheté, c’est de les dénoncer à la vindicte publique. Mais quant aux autres: