Je suis celui qu'on aime et qu'on ne connaît pas.
Sur l'homme j'ai fondé mon empire de flamme,
Dans les désirs du cœur, dans les rêves de l'âme,
Dans les liens des corps, attraits mystérieux,
Dans les trésors du sang, dans les regards des yeux.
(Alfred de Vigny.)

I
Enfant, de légendes avide,
J'ai souvent entendu parler
D'une femme sèche et livide
Qu'un sort fatal semblait voiler;
On l'appelait, Dieu me pardonne,
La Femme du Diable, au hameau.
Si le diable n'était pas beau,
Il n'eût jamais tenté personne.
Au fond d'une gorge sauvage
Qui s'étrécit en entonnoir,
Sans voisins et sans parentage,
Sans amis qu'un gros matou noir,
Elle habite un bouge où foisonne
La fêve grise, le sureau.
Si le diable n'était pas beau,
Il n'eût jamais tenté personne.
Dedans, sur une planche haute,
Se riant du miauleur affreux,
Une souris rouge y grignotte
Un livre d'heures tout poudreux,
Et dehors, une poule aphone
Y gratte un fétide terreau.
Si le diable n'était pas beau,
Il n'eût jamais tenté personne.
Nul grillon dans la cheminée,
Nul lierre au mur se cramponnant,
Pas de ruche au soleil tournée,
Nul pauvre qui, s'en revenant,
Rende un pater pour une aumône
Au seuil maudit de ce closeau.
Si le diable n'était pas beau,
Il n'eût jamais tenté personne.
On dit qu'elle avait été belle,
Mais mon enfance n'y voyait
Qu'une grande sempiternelle
Dont l'air farouche m'effrayait;
Le temps, qui fauche et qui moissonne,
Avait tout flétri sur sa peau.
Si le diable n'était pas beau,
Il n'eût jamais tenté personne.
La vieille servante d'un prêtre,
Chez qui j'ai fait bien des péchés,
Lorsque la bise à la fenêtre
Geignait dans les trous mal bouchés,
Me fit, encore j'en frissonne,
De cette histoire un long tableau.
Si le diable n'était pas beau,
Il n'eût jamais tenté personne.
Je vais, grâce au ciel qui m'éclaire,
De quelques traits l'amplifier,
Ce, afin que le populaire
S'en puisse mieux édifier;
Et sur un air je me chansonne
Pour plus durable memento:
Si le diable n'était pas beau,
Il n'eût jamais tenté personne.
II
Jeanne était une paysanne
Si fraîche sous son bavolet,
Si pimpante, la pauvre Jeanne,
Dans la serge qui l'habillait,
Qu'en pour, madame la baronne
Eût donné maint et maint joyau.
Si le diable n'était pas beau,
Il n'eût jamais tenté personne.
Car, aux champs où Jeanne était née,
Elle prit sa taille d'osier,
L'air d'une aimable matinée,
Un rossignol dans son gosier;
Sa joue empruntait, vermillonne,
Le ferme éclat du bigarreau.
Si le diable n'était pas beau,
Il n'eût jamais tenté personne.
Comme une oronge elle était blonde;
Son corps de grâce était pétri;
Aussi légère qu'une aronde,
Elle en avait le joli cri;
Et blanche neige qui floconne
La jalousait sur le plateau.
Si le diable n'était pas beau,
Il n'eût jamais tenté personne.
Qu'elle se courbe en moissonneuse,
Chantant dans le blé des guérets;
Qu'elle se redresse en faneuse
Derrière nos faucheurs distraits,
Le sceptre qu'on ambitionne,
C'est sa faucille ou son rateau.
Si le diable n'était pas beau,
Il n'eût jamais tenté personne.
Finalement, dans la prairie,
A la fontaine, aux sentiers verts,
Partout, pleins de sorcellerie,
Ses yeux vifs, de longs cils couverts,
Tournaient la tête qui grisonne,
Alanguissaient le pastoureau.
Si le diable n'était pas beau,
Il n'eût jamais tenté personne.
Qu'il eût mieux valu, pour son âme,
Brider ses fantasques humeurs,
Vivre laide, exempte de blâme,
Au sein de nos benoîtes mœurs,
Se mesurer selon son aune,
Et ne pas s'éprendre à vau-l'eau!
Si le diable n'était pas beau,
Il n'eût jamais tenté personne.
III
Il advient qu'au quartier de lune
Où se vautre le mardi-gras,
Quand sur les pignons, dans la brune,
En jurant s'accouplent les chats,
La musette qui s'époumonne
Proclame grand bal au flambeau.
Si le diable n'était pas beau,
Il n'eût jamais tenté personne.
IV
Dans ce récit, que nous confirme
Plus d'un respectable témoin,
Jeanne, avec une aïeule infirme,
Vivait, du village assez loin;
Fruit mûr et bouton qui fleuronne
Rarement ont même rameau.
Si le diable n'était pas beau,
Il n'eût jamais tenté personne.
Éclipser toutes ses compagnes,
Jeanne brûlait de ce désir.
Ainsi qu'à la ville, aux campagnes,
Gloriole nuit au plaisir;
Gloriole, hélas! empoisonne
Bal dans un Louvre ou sous l'ormeau!
Si le diable n'était pas beau,
Il n'eût jamais tenté personne.
«—Mon enfant, murmurait l'aïeule,
«En proie aux affres de la mort,
«De me laisser malade et seule
«N'aurait-tu pas quelque remord?
«Mon ange gardien m'abandonne
«Dès que tu quittes mon rideau.»
Si le diable n'était pas beau,
Il n'eût jamais tenté personne.
«Souviens-toi, ma douce Jeannette,
«De tes parents en paradis;
«Souviens-toi d'être fille honnête,
«De mes soins prodigués jadis;
«Qu'en mourant, ta mère si bonne
«Me légua ton petit berceau.»
Si le diable n'était pas beau,
Il n'eût jamais tenté personne.
«Elle est mauvaise conseillère,
«La vanité, ma chère enfant;
«Ayons recours, par la prière,
«A la Vierge qui nous défend;
«Simplesse et vertu, de son trône
«Descendront te faire un trousseau.»
Si le diable n'était pas beau,
Il n'eût jamais tenté personne.
«Fassent Jésus et ses apôtres,
«Avec saint Joseph, l'artisan,
«Et saint Roch, patron de nous autres,
«Humble race du paysan,
«Que Dieu le père nous guerdonne
«En bénissant notre hoyau.»
Si le diable n'était pas beau,
Il n'eût jamais tenté personne.
«Ne m'abandonne pas; naguère,
«Comme autrefois d'os et de chairs,
«M'ont apparu dans leur suaire
«Nos pauvres défunts les plus chers;
«Et leur main pleine d'argémone
«Me montrait un soleil nouveau.»
Si le diable n'était pas beau,
Il n'eût jamais tenté personne.
Jeanne obéit, non sans blasphême,
Non sans se dire entre les dents:
«—Fut-ce avec le diable lui-même,
«Je danserai là-bas, dedans
«Cette masure qui rayonne,
«Où ricane le chalumeau!»
Si le diable n'était pas beau,
Il n'eût jamais tenté personne.
V
Sitôt que l'aïeule assoupie,
Confiante, a fermé les yeux,
Jeanne, que pousse un bras impie,
S'apprête à pas silencieux.
Le vieux calel de cuivre jaune
Languit éteint sur l'escabeau.
Si le diable n'était pas beau,
Il n'eût jamais tenté personne.
Oh! précaution ténébreuse!
Oh! coupable et funeste apprêt!
Et tu vas fuir, fuir, malheureuse,
Ton lit si blanc et si propret,
Doux nid où l'amour te chantonne
Les songes de ton renouveau!
Si le diable n'était pas beau,
Il n'eût jamais tenté personne.
Et si pendant qu'ailleurs tu veilles,
Pour comble d'épouvantement,
La mort vient surprendre ta vieille
Avant les derniers sacrements!
Qui sait? Peut-être la félone
Porte la main au loqueteau!
Si te diable n'était pas beau,
Il n'eût jamais tenté personne.
Fuyant la grand'mère abusée
Qui lui tint lieu de ses auteurs,
Elle descend par la croisée:
C'est la porte des malfaiteurs.
D'abord, elle hésite et tâtonne;
L'ombre l'étreint de son bandeau.
Si le diable n'était pas beau,
Il n'eût jamais tenté personne.
Plus loin, elle tressaille: un lièvre
S'éveille et part à son côté;
Un buisson l'accroche; un genièvre
Semble agir dans l'obscurité;
Un renard glapit et braconne
Aux trousses de quelque étourneau.
Si le diable n'était pas beau,
Il n'eût jamais tenté personne.
Elle écoute:—A travers la haie,
Qu'est-ce qui sanglote tout bas?
—Elle regarde, elle s'effraie:
—Qu'est-ce donc qui se meut là-bas?
—Une ombre indécise y mâchonne
—Je ne sais quoi dans le préau;
Si le diable n'était pas beau,
Il n'eût jamais tenté personne.
Exhalant de brusques huées,
Pareilles aux cris des démons,
Le vent déchire les nuées
Qui se rassemblent sur les monts;
Le ciel frileux s'encapuchonne
Dans leurs plis traînant en lambeau.
Si le diable n'était pas beau,
Il n'eût jamais tenté personne.
Bientôt une flamme qui brille,
Un bruit lointain de flageolet
Vient égarer la jeune fille
Sur les traces d'un feu-follet;
Un inconnu jà la talonne,
Aux yeux perçants sous grand chapeau.
Si le diable n'était pas beau,
Il n'eût jamais tenté personne.
Un plumet sur sa chevelure
Va rouler en se remuant,
Courtoise est toute son allure,
Son abord est insinuant;
Du haut en bas il s'environne
Des ondes d'un ample manteau.
Si le diable n'était pas beau,
Il n'eût jamais tenté personne.
«—La nuit aveugle a bien des piéges,
«Gente damoiselle; est-ce à vous
«D'aller braver ses sortiléges,
«Ses lutins et ses loups-garous,
«Et le fier bandit qui rançonne
«La bachelette incognito?»
Si le diable n'était pas beau,
Il n'eût jamais tenté personne.
A ce seul nom de damoiselle,
La simple fille du manant,
Gagnée à la voix qui l'appelle,
Se retourne et va cheminant,
Côte à côte, alerte et friponne,
Avec l'étrange Jouvenceau.
Si le diable n'était pas beau,
Il n'eût jamais tenté personne.
C'est que le bal et les fleurettes
Avaient détraqué sa raison,
L'éloignant des œuvres discrètes,
Des devoirs et de l'oraison,
Si bien qu'on l'avait vue, au prône,
Sourire à tel godelureau.
Si le diable n'était pas beau,
Il n'eût jamais tenté personne.
«—Confiez-vous à ma prudence,
«Car le chemin où vous passez
«Vous mènerait droit à la danse,
«A la danse des trépassés;
«Le malin qui vous espionne
«Prend ce flageolet pour appeau.»
Si le diable n'était pas beau,
Il n'eût jamais tenté personne.
«Que cette chaîne, ô ma colombe,
«Où l'or fin relient cent rubis,
«De votre col si blanc retombe
«Étinceler sur vos habits;
«Gage d'amour, qu'il sanctionne
«Celui d'un puissant hobereau!»
Si le diable n'était pas beau,
Il n'eût jamais tenté personne.
«Suivez-moi; vous serez la reine
«De tout le village assemblé.»
Comme ils traversaient la garenne,
Son cœur pourtant se sent troublé:
Aux gais refrains qu'elle fredonne,
En sons plaintifs répond l'écho.
Si le diable n'était pas beau,
Il n'eût jamais tenté personne.
Les mâtins, qui prennent l'alarme,
Perçant les ténèbres d'abois,
Leur couraient sus; voilà qu'un charme
En leur gorge étrangle leur voix;
Leur bande se cache et marmonne,
Râlant la peur par le naseau.
Si le diable n'était pas beau,
Il n'eût jamais tenté personne.
Qu'importe une aïeule mourante?
Qu'importent des pressentiments?
Jeanne entend la vive courante,
Et le rire, et les instruments,
Et l'humeur gaillarde et gasconne
Qui circule en niche, en bravo.
Si le diable n'était pas beau,
Il n'eût jamais tenté personne.
La masure craque et chancelle
Comme un vieux ivrogne attardé;
On se poursuit, on se harcelle;
Le carnaval est débordé!
On frétille, on se tâtillonne;
L'on saute et l'on s'embrasse: oh! oh!
Si le diable n'était pas beau,
Il n'eût jamais tenté personne.
Lise, et demain la fièvre quarte
Ou la toux aux fréquents accès;
La fluxion qui fera, Marthe,
Saillir votre joue en abcès;
Et perdre son salut, Simonne,
N'est-ce là qu'un léger bobo?
Si le diable n'était pas beau,
Il n'eût jamais tenté personne.
VI
Parmi la tourbe réjouie,
Tous deux s'offrent:—«Qu'est celui-ci,
«Se disait plus d'une ébahie,
«Que Jeanne nous amène ici?
«D'un duc porte-t-il la couronne?
«Est-ce un écuyer du château?»
Si le diable n'était pas beau,
Il n'eût jamais tenté personne.
Et plus d'une, par convoitise,
Furtive, lui jette un regard;
Et plus d'une qu'envie attise,
De Jeanne chuchotte à l'écart.
«—Ah! dit une vieille matronne,
«C'est un loup qui guette un agneau!»
Si le diable n'était pas beau,
Il n'eût jamais tenté personne.
A quoi sert que le berger compte
Toutes les têtes du bétail?
L'affreux ravisseur n'a pas honte
D'entrer choisir dans le bercail.
Tant bien qu'on se précautionne,
Le diable happe son morceau.
Si le diable n'était pas beau,
Il n'eût jamais tenté personne.
Elle n'entendait rien: la folle,
Déjà prompte à tout oublier,
Glorieuse, pirouette et vole,
Enlacée à son cavalier;
Vous croiriez que son pied festonne,
Narguant l'aiguille et le pinceau.
Si le diable n'était pas beau,
Il n'eût jamais tenté personne.
Elle n'entendait rien! l'abeille
Ainsi voltige autour des fleurs,
Aux rayons d'avril s'ensoleille,
Et se perd entre leurs couleurs;
Tel, le papillon vagabonde
De la pervenche à l'arbrisseau.
Si le diable n'était pas beau,
Il n'eût jamais tenté personne.
C'était à fermer les paupières
A chaque fois que flamboyait
L'éclair des perles et des pierres
Qu'en fringuant elle renvoyait;
Et tandis qu'elle s'évaltonne
Flotte le magique oripeau.
Si le diable n'était pas beau,
Il n'eût jamais tenté personne.
Jeannille, la grosse meunière,
Feint un grand malaise, et s'assied;
Mion, l'alerte jardinière,
Se reproche une entorse au pied;
La dame du syndic chiffonne
D'ennui son tablier ponceau.
Si le diable n'était pas beau,
Il n'eût jamais tenté personne.
Les jeunes bouviers de la plaine,
Dont le chapeau porte un ruban,
Ceux d'Audrix et de Lanceplène,
De Bigarroque et de Cabans,
Sont fâchés que la compagnonne
Leur préfère ce damoiseau.
Si le diable n'était pas beau,
Il n'eût jamais tenté personne.
Le ménétrier du village,
Fin goguenard, ils le sont tous,
Rit au superbe personnage
Qui change en ducats ses gros sous;
D'un clin d'œil oblique il coïonne
Mion, Jeannille et l'Isabeau.
Si le diable n'était pas beau,
Il n'eût jamais tenté personne.
Il connaissait toutes les gammes;
Maître tailleur de son métier,
Il habillait hommes et femmes,
Et, d'après maint cabaretier,
Estimait le jus de la tonne
Plus doux, ma foi, que le pruneau.
Si le diable n'était pas beau,
Il n'eût jamais tenté personne.
Afin de mouiller sa musette,
C'était là son dire, il fallait
Qu'à son côté toujours fut prête
Sa pinte avec son gobelet:
Cours, ma musette biberonne,
En bourrée, ou vire en rondeau!
Si le diable n'était pas beau,
Il n'eût jamais tenté personne.
Sur ce toit qui flamboie et grouille,
Au milieu du calme lointain,
La lune qu'un nuage souille,
Jette un rayon louche, et s'éteint:
Ainsi, craintive et pâle nonne
Épie entre un double barreau.
Si le diable n'était pas beau,
Il n'eût jamais tenté personne.
VII
Minuit! minuit! dans l'autre monde,
Soudain hurle un chœur de damnés,
Qui forment une obscène ronde
Et se trémoussent déchaînés:
L'enfer se rue; il nasillonne
Aux reflets du rouge fourneau:
«—Si le diable n'était pas beau,
«Il n'eût jamais tenté personne.
«Relevons la robe ensoufrée
«Riche de ses franges de feu!
«Dansons! la plus belle curée
«Pour notre maître n'est qu'un jeu!
«La fille d'Ève qu'il bouchonne
«Tourne en dansant dans le panneau.
«Si le diable n'était pas beau,
«Il n'eût jamais tenté personne.
«Dans l'habitacle où, sur la braise,
«Nos vains plaisirs sont expiés,
«Du fond des bois c'est une fraise
«Qui, cette nuit, tombe à nos pieds;
«C'est un bouquet de belladone,
«C'est une goutte du ruisseau.
«Si le diable n'était pas beau,
«Il n'eût jamais tenté personne.
«Que tout lui fasse la grimace,
«Quand fiévreuse elle dormira;
«Que la chenille et la limace
«Brouttent ce qu'elle sèmera;
«Que le grain qu'un ver charançonne
«Devienne cendre, en son bluteau.
«Si le diable n'était pas beau,
«Il n'eût jamais tenté personne.
«Qu'elle vive encor sur la terre
«Mais que son âme rampe ici!
«Que sa chute, non salutaire,
«N'amène nulle autre à merci!
«Qu'un remords sans larme assaisonne
«Ses fruits, son pichet, son chanteau!
«Si le diable n'était pas beau,
«Il n'eût jamais tenté personne.
«Dansons! et qu'il s'ouvre sans cesse
«Aux danseuses de tous les temps,
«A la ribaude, à la princesse,
«Notre portail, à deux battants!
«Que de ses clefs Simon Barjonne
«Voie enrouiller le vieux faisceau!
«Si le diable n'était pas beau,
«Il n'eût jamais tenté personne.
«Nous avons la danse macabre,
«Puisque la danse lui plaît tant;
«La toge, la mître et le sabre,
«Elle y verra tout gigottant;
«Elle y verra la bûcheronne
«Coudoyer son gentilhommeau.
«Si le diable n'était pas beau,
«Il n'eût jamais tenté personne.
«Sous les cieux chargés de tempêtes
«Gît la terre, et son fondement
«Alourdit encor sur nos têtes
«Cet effroyable entassement;
«Mineurs que la haine aiguillonne,
«N'en pouvons-nous faire un monceau?
«Si le diable n'était pas beau,
«Il n'eût jamais tenté personne.
«Dans notre immense farandole,
«Un jour viendra s'associer
«Le monde en masse, et notre idole
«Triomphera sur le brasier:
«Ce monde, que rien n'étançonne,
«Y choiera comme un vil copeau.
«Si le diable n'était pas beau,
«Il n'eût jamais tenté personne.
«Quand sur la tache originelle
«L'eau du déluge passe en vain,
«Qu'au mal l'engeance criminelle
«Court, tiède encor du sang divin,
«Avec la flamme on nous savonne
«Pour nous enlaidir; mais tout beau!
«Si le diable n'était pas beau,
«Il n'eût jamais tenté personne.
«A nous les belles fantaisies!
«A nous les profanes rieurs!
«A nous les faces cramoisies
«Ivres des biens extérieurs!
«A nous l'esprit-fort qui raisonne!
«D'Épicure à nous le pourceau!
«Si le diable n'était pas beau,
«Il n'eût jamais tenté personne.
«Chantons l'hosanna de l'abîme!
«Elle est à nous! Elle est à nous!
«Embauchons cette autre victime
«A la barbe du Dieu jaloux!—»
Et l'inextricable chaconne
Se dévide en sombre écheveau.
Si le diable n'était pas beau,
Il n'eût jamais tenté personne.
VIII
N'abandonnez pas votre mère,
Fillettes au minois moqueur!
Le plaisir, ce fruit éphémère,
Exquis au goût, gâte le cœur;
Que de fois la bouche gloutonne
S'y rompit les dents au noyau!
Si le diable n'était pas beau,
Il n'eût jamais tenté personne.
IX
Une danse effrénée, ardente,
Inconnue aux bons villageois,
Emporte la jeune imprudente,
Et son danseur qui, dans ses doigts,
Presse sa taille et l'emprisonne,
Et la serre ainsi qu'un étau.
Si le diable n'était pas beau,
Il n'eût jamais tenté personne.
Point de trève, point de relâche!
Ses traits ruissellent de sueurs;
Sur son œil, un autre œil s'attache,
Dardant une fauve lueur
Qui la fascine et la baillonne
Mieux que la couleuvre un oiseau.
Si le diable n'était pas beau,
Il n'eût jamais tenté personne.
Oui, sa plainte avorte et s'enroue;
Lumière et murs, cohue enfin,
Autour d'elle font une roue
Oui tourne et retourne sans fin;
Dans son sein le sang qui bouillonne
Monte tinter à son cerveau.
Si le diable n'était pas beau,
Il n'eût jamais tenté personne.
D'un noir délire l'âme pleine,
Se détourner elle ne sait;
Au lieu de l'amoureuse haleine
Qui dans son haleine passait,
Contre sa figure mignonne
Un souffle effaré de museau!
Si te diable n'était pas beau,
Il n'eût jamais tenté personne.
Le musicien que décourage
Leur pas fouleurs plus véhéments,
Pour les suivre pousse avec rage
La mesure et le mouvement;
Toute sa verve fanfaronne
Avait fait place au vertigo.
Si le diable n'était pas beau,
Il n'eût jamais tenté personne.
Une vague odeur de bitume
Aux assistants se fait sentir;
De l'étranger la bouche fume,
Des flammes semblent en sortir;
Puis le couple enfin tourbillonne
Sans toucher des pieds au carreau.
Si le diable n'était pas beau,
Il n'eût jamais tenté personne.
X
A ces signes trop manifestes,
Qui n'eût reconnu Lucifer?
Nul n'a de voix, nul n'a de gestes,
Devant le prince de l'enfer;
L'un dans un coin se pelotonne;
L'autre n'ose crier: haro!
Si le diable n'était pas beau,
Il n'eût jamais tenté personne.
Tandis que tout tremble et palpite,
Pour chasser l'esprit décevant,
Quelqu'un, le plus hardi, court vite
Quérir monsieur le desservant.
—Il arrive, il prie, il entonne
Le psautier avec son bedeau.—
Si le diable n'était pas beau,
Il n'eût jamais tenté personne.
A l'aspect du pieux ministre
S'arrête l'archange cruel,
La mine basse et l'air sinistre
Qu'il prend la veille de Noël;
Il attend que le ciel ordonne,
Tel qu'un coupable à son poteau.
Si le diable n'était pas beau,
Il n'eût jamais tenté personne.
—«Par la puissance souveraine
«Que je reçus des sacrements,
«Rentre à jamais dans la gehenne,
«Pierre des mille achoppements!»
Fit trois fois le prêtre.—On bourdonne:
«Amen, Amen,» dans le troupeau.
Si le diable n'était pas beau,
Il n'eût jamais tenté personne.
Et, dès que sa tête maudite
Du saint goupillon se mouilla,
Aux yeux de la foule interdite
Toute sa hideur s'étala;
Le fer qui nous estramaçonne
Moins effrayant sort du fourreau.
Si le diable n'était pas beau,
Il n'eût jamais tenté personne.
Dragon de la Sainte-Écriture
Qui fut Moloch, qui fut Baal,
Les grincements de sa denture
On fait reculer tout le bal:
Pieds fourchus et barbe de faune,
Il a les cornes du taureau.
Si le diable n'était pas beau,
Il n'eût jamais tenté personne.
Ses mains sont des griffes crochues;
Sa gueule remonte en croissant
Vers ses deux oreilles velues,
Et jusqu'à terre lui descend
Une queue horrible et bouffonne
Qu'il agite comme un fléau.
Si le diable n'était pas beau,
Il n'eût jamais tenté personne.
En faux-bourdon, Satan s'informe
D'un ton hypocrite et railleur:
—«Comment faut-il, sous quelle forme,
«Que je sorte d'ici, Seigneur?
«Sera-ce en salpêtre qui tonne?
«En coup de vent? en trombe d'eau?»
Si le diable n'était pas beau,
Il n'eût jamais tenté personne.
—«En vent! et que Dieu te confonde!
«Vade retro!» dit le curé.
A ces mots l'animal immonde,
Une autre fois transfiguré,
S'étend, se gonfle, se balonne:
C'est un gigantesque crapaud.
Si le diable n'était pas beau,
Il n'eût jamais tenté personne.
Il crève! et renversant la foule,
Morne et muette de stupeur,
S'échappe, et siffle, et gronde, et roule,
Laissant une infecte vapeur;
Son rire affreux au loin raisonne,
Et répète: «Vade retro!»,
Si le diable n'était pas beau,
Il n'eût jamais tenté personne.
XI
Oh! combien la frayeur redouble,
Quand chacun, encor tout transi,
Se relève, et voit qu'en ce trouble
Jeanne était disparue aussi!
L'Ante-Christ, chacun le soupçonne,
N'aura pas seul fait le très-saut.
Si le diable n'était pas beau,
Il n'eût jamais tenté personne.
Mais Jeanne était devant sa porte,
Elle entre; et que voit-elle alors?
L'aïeule, hélas! L'aïeule morte!
Morte sans elle, et le cou tors!
Le vieux calel de cuivre jaune
Brille debout sur l'escabeau.
Si le diable n'était pas beau,
Il n'eût jamais tenté personne.
Qui l'avait rallumé? mystère!
Était-ce l'enfer? ou le ciel?
Un éclair de la foudre austère?
Les feux du brasier éternel,
Afin que l'ingrate s'étonne
De se sentir moins qu'un roseau?
Si le diable n'était pas beau,
Il n'eût jamais tenté personne.
Jeanne, sous l'horreur qui la navre,
Est prise d'un long tremblement
Face à face avec ce cadavre
Qui la regarde fixement;
Quel regard! il la questionne;
Sa mère est son premier bourreau.
Si le diable n'était pas beau,
Il n'eût jamais tenté personne.
Elle tombe; et jusqu'à l'aurore,
Dans un cauchemar infernal,
Son noir danseur la fit encore
Bondir en un cercle fatal.
Il l'entraîne, au doigt il lui donne
Un serpent en guise d'anneau.
Si le diable n'était pas beau,
Il n'eût jamais tenté personne.
«—Venez, dit-il, venez, madame,
«Dans mon royaume de clinquant,
«Vous aurez un voile de flamme,
«Vos colliers seront un carcan;
«C'est dans mes États qu'on façonne
«Tout ce qui vous séduit là-haut.»
Si le diable n'était pas beau,
Il n'eût jamais tenté personne.
«C'est moi qui fais dans les ripailles
«D'un vin chanteur un vin brutal;
«Dans le coffre des pince-mailles
«Reluisent mes yeux de métal;
«Entre cousins j'occasionne
«Cent procès à tire-couteau.»
Si le diable n'était pas beau,
Il n'eût jamais tenté personne.
«Du puissant j'endurcis l'audace,
«J'inspire ma fourbe au cafard,
«Mon envie au porte besace,
«Et ma soif du sang au soudard;
«Ma parure sans frein pomponne
«Le péché, son frère jumeau.»
Si le diable n'était pas beau,
Il n'eût jamais tenté personne.
«Vous trouvez la pente rapide?
«Voyez, que de fleurs sous vos pas!
«Ce lac d'un vitriol limpide
«N'est qu'un miroir pour vos appas;
«Ce bruit joyeux qui carillonne
«Célèbre notre conjungo.—»
Si le diable n'était pas beau,
Il n'eût jamais tenté personne.
Du jour des cendres qui se lève,
Or, c'était l'Ave Maria
Que Jeanne écoutait dans son rêve;
Après sur l'aïeule pria
Plus dolente et plus monotone
La cloche avec son lourd marteau.
Si le diable n'était pas beau,
Il n'eût jamais tenté personne.
Un beau gars qui l'avait aimée,
Au point d'en rester innocent,
Voyant sa fenêtre fermée
Si tard, lui chantait en passant:
«—Dodo, l'enfant, ma folichonne,
«S'endormira tantôt, dodo.—»
Si le diable n'était pas beau,
Il n'eût jamais tenté personne.
Aux brouillards de l'aube avancée
Jeanne a rouvert ses yeux sanglants;
Sa beauté s'était effacée;
Ses longs cheveux étaient tout blancs;
L'empreinte d'un baiser charbonne
Son front d'un effroyable sceau.
Si le diable n'était pas beau,
Il n'eût jamais tenté personne.
La chaîne d'or, qui fut sa gloire,
N'offre à son regard confondu
Qu'un chanvre rèche et dérisoire,
Bref, une corde de pendu.
Tout Saint-Chamassy mentionne
Ceci vrai comme le Credo.
Si le diable n'était pas beau,
Il n'eût jamais tenté personne.
Vous qui n'avez nulle vergogne
De négliger vos vieux parents,
Voyez un peu comme on se cogne
A l'enfer aux feux dévorants.
Vous dont l'âme aux faux biens s'adonne,
Songez, songez à ce cadeau.
Si le diable n'était pas beau,
Il n'eût jamais tenté personne.
Voilà donc, qu'il vous en souvienne,
Où mène la fougue des sens!
Certes, avant que ça me revienne,
Ça vous passera, jeunes gens;
Sous votre danse polissonne
La coulpe vous creuse un caveau.
Si le diable n'était pas beau,
Il n'eût jamais tenté personne.
Au carême, il faut qu'on le dise,
Frappé d'un miracle si grand,
Chacun devint pilier d'église;
Chacun, quarante jours durant,
Jeûna, plus maigre qu'une mone,
A faire japper le boyau.
Si le diable n'était pas beau,
Il n'eût jamais tenté personne.
Aussi, de ce bal détestable,
Quand pour absoudre les témoins
Pâques dressa sa sainte table,
Tous furent prêts, une de moins,
Une qu'en vain Pâques sermonne,
Qu'attend en vain Quasimodo.
Si le diable n'était pas beau,
Il n'eût jamais tenté personne.
XII
Passant, si par un temps de pluie,
Tu rencontrais vers Jean-de-Mai
Une vieille avec une truie,
D'un grand signe de croix armé
Plains la vieille et fuis la cochonne
Qui fouille au pied d'un baliveau.
Si le diable n'était pas beau,
Il n'eût jamais tenté personne.
XIII
Depuis cette triste aventure,
Dont la date bien loin s'enfuit,
De Jeanne on dit que la toiture
S'illumine à chaque minuit;
A chaque minuit s'y cramponne
Et croasse un rauque corbeau.
Si le diable n'était pas beau,
Il n'eût jamais tenté personne.
Par la fenêtre, sa complice,
Chemin qu'autrefois elle a pris,
L'étranger, à son tour, se glisse
Près d'elle, à l'heure des esprits;
Un lutin moqueur la testonne,
Un autre enfle un aigre pipeau.
Si le diable n'était pas beau,
Il n'eût jamais tenté personne.
Ridée, osseuse et décrépite,
Elle implore un peu de repos;
Mais son danseur se précipite,
Toujours ardent, toujours dispos:
«—Diablesse, harpie ou gorgone,
«Des ans ne crains point le fardeau!»
Si le diable n'était pas beau,
Il n'eût jamais tenté personne.
Alors la danse recommence,
Danse plus rude qu'un combat,
Pleine d'ivresse et de démence:
Tous les scandales du sabbat!
Aux bras de Satan qui bougonne
Jeanne éclate en cris de chevreau.
Si le diable n'était pas beau,
Il n'eût jamais tenté personne.
Puis tout décroît dans ces murailles
Où, pour couronner le festin,
Comme en une nuit d'épousailles,
Coule un breuvage libertin;
Puis un sourd ronflement détonne
Sur le poivre impur du chaudeau.
Si le diable n'était pas beau,
Il n'eût jamais tenté personne.
XIV
Depuis le soir qu'à la malheure
Elle faillit à son devoir,
Dehors ou bien dans sa demeure,
Elle regarde tout sans voir;
En vain le coudrier drageonne,
En vain reverdit le côteau.
Si le diable n'était pas beau,
Il n'eût jamais tenté personne.
En vain tous les ans l'hirondelle
Revient fêter la Saint-Joseph;
En vain l'octave solennelle
Quitte en chantant la haute nef;
En vain la grappe de l'automne
Réjouit les flancs du tonneau.
Si le diable n'était pas beau,
Il n'eût jamais tenté personne.
Seulement comme un point magique
Où se retrace son malheur,
Sa vue, à la solive antique,
Suit dans un rayon de chaleur
L'araignée au guet qui harponne
La folle mouche en son réseau.
Si le diable n'était pas beau,
Il n'eût jamais tenté personne.
Depuis ce jour, la misérable
N'a plus ri, pleuré, prié Dieu,
Jamais cherché l'air secourable
Qu'on respire dans le saint lieu;
Jamais aux pieds de la madone
Courbé sa lèvre à leur niveau.
Si le diable n'était pas beau,
Il n'eût jamais tenté personne.
Quand les dévidoirs qu'un fil tire,
Tels que moulins à vent s'en vont,
Quand des noix le fruit qu'on retire
S'entasse au plat d'étain profond,
Quand de marrons on réveillonne
Et qu'ils pètent sous le treffau,
Si le diable n'était pas beau,
Il n'eût jamais tenté personne.
On assure que cette histoire
A la veillée emplit d'effroi
Jusqu'à ceux qui, dans l'auditoire,
Vingt ans furent soldats du roi,
Tant, que la bergère poltronne
Laisse aller son gentil fuseau.
Si le diable n'était pas beau,
Il n'eût jamais tenté personne.
Chacun fuit sa rencontre à cause
Du guignon, et le salinier
Détourne son âne, et nul n'ose
Braver l'œil qui, de son grenier,
Au loin sur l'herbette moutonne,
Darde aux ouailles le claveau.
Si le diable n'était pas beau,
Il n'eût jamais tenté personne.
Le maquignon que Jeanne avise,
Le chasseur partant au matin,
Ne feront ni foire ni prise;
Et juste au plus doux du chemin
Le charton qui jure et marronne
Viendra verser son tombereau.
Si le diable n'était pas beau,
Il n'eût jamais tenté personne.
Tous prétendent qu'elle est sorcière;
Qu'elle erre aux carrefours des bols,
Ou sur les os du cimetière,
Et que dans l'orage parfois,
Au haut des airs, elle éperonne
Un manche à balai de bouleau.
Si le diable n'était pas beau,
Il n'eût jamais tenté personne.
Par la nue où Jeanne circule
Rien n'abat son vol clandestin,
Ni les cierges bénits qu'on brûle,
Ni la Brâme de Saint-Martin
Grondant dans sa tour que blasonne
Des vieux croisés le panonceau.
Si le diable n'était pas beau,
Il n'eût jamais tenté personne.
Jean du pied-bot, dit l'Ambarèle,
Qui lit dans le Petit-Albert,
L'a vue ainsi faisant la grêle;
Mais garons-nous d'un tel expert;
Ces lignes fines qu'on griffonne
Sont souvent l'œuvre du Noireau!
Si le diable n'était pas beau,
Il n'eût jamais tenté personne.
Qu'un marmot crie on l'en menace;
On dit pour mettre le holà:
—«L'excommuniée, elle passe!
«La femme du diable, elle est là!»
Prions, prions que sa patronne
La visite au bord du tombeau.
Si le diable n'était pas beau,
Il n'eût jamais tenté personne.
Jeanne de tous longtemps honnie
Verra luire un jour consolant,
Ce Dieu que le pécheur renie
Fait veiller son coq vigilant:
Tôt ou tard dans notre nuit sonne
Le troisième coquerico.
Si le diable n'était pas beau,
Il n'eût jamais tenté personne.
Reprends la beauté, la jeunesse,
Non la beauté de tes vingt ans,
Jeanne, qui te fit pécheresse,
Mais celle des grands pénitents:
La douleur la perfectionne,
Et le ciel même s'en prévaut.
Si le diable n'était pas beau,
Il n'eût jamais tenté personne.
XV
Pauvre sœur! qu'aucun plus ne mêle
A son nom crainte ni clameur.
Sommes-nous pas faibles comme elle?
Tous enfants du même semeur?
Les épis que l'or chaperonne
Souffrent bien l'azur du barbeau!
Si le diable n'était pas beau,
Il n'eût jamais tenté personne.
D'ailleurs tous ces vains maléfices,
Dont le fantôme nous séduit,
Du démon ne sont qu'artifices
Pour nous égarer dans la nuit.
Arrière à celui qui tamponne
La lumière sous le boisseau!
Si le diable n'était pas beau,
Il n'eût jamais tenté personne.
Type éternel d'impénitence,
Pendant qu'il court, le Juif maudit;
Sur Jeanne, invoquons l'assistance
De l'Homme-Dieu qui se rendit
Aux yeux en pleurs de Magdelone,
Aux prières du larronneau.
Si le diable n'était pas beau,
Il n'eût jamais tenté personne.
Et dans ce cas très-exemplaire,
SI j'ai voulu vous divertir,
Si j'ai cherché trop à vous plaire,
Pas assez à vous convertir,
Sachez que le diable en personne
Se rit de tout poètereau.
Si le diable n'était pas beau,
Il n'eût jamais tenté personne.
ENVOI.
T'agréer me fut une amorce;
Des enfers enfin revenu,
Ami, non sans plus d'une entorse,
J'ai là, près de l'esprit cornu,
Vu la critique hérissonne:
Qu'elle y reste, cher Archambeaud.
Si le diable n'était pas beau,
Il n'eût jamais tenté personne.

POUR PARAITRE PROCHAINEMENT:

DERNIERS TATONNEMENTS

PAR

J. LAFON-LABATUT.


INSOMNIES ET REGRETS