—Ah! fit Jeanne, et maintenant?

—Maintenant, ma bien-aimée cousine, fit Mornac en mettant un genou en terre et en essayant de baiser la main de mademoiselle de Richecourt, je vous assure que mes dispositions sont tout à fait opposées.

—C'est fort heureux pour vous, dit Jeanne avec ironie, en lui retirant sa main. Que répondîtes-vous à mon père?

—Que je lui jurais de toujours vous considérer comme ma soeur. Veuillez bien remarquer que par là je n'entendais nullement exclure de mon coeur tout sentiment plus tendre. Seulement, je… me réservais de réfléchir et de vous voir auparavant.

—Vous êtes fort galant, en vérité. Veuillez poursuivre.

«Le baron de Vilarme arriva, suivi du chevalier de Kergarouët, son témoin. On mesura les épées, les combattants mirent justaucorps et pourpoint bas, et, sur le signal que nous en donnâmes, commença le plus furieux des combats singuliers auxquels j'ai jamais assisté.

«Le comte et le baron étaient à peu près d'égale force à l'escrime. Pendant plusieurs minutes leurs épées, toujours prêtes à la parade, tournoyèrent sans relâche avec d'innombrables cliquetis.

«Après plusieurs feintes inutiles, Vilarme ayant voulu lier le fer de son adversaire, celui-ci dégagea vivement sa lame, se fendit à fond, et d'un coup droit en prime, blessa le baron à la poitrine. Vilarme prompt comme l'éclair, riposta par un coup de seconde qui atteignit le comte en bas de la cinquième côte.

«Les deux adversaires ainsi touchés ne rompirent pas d'une semelle et retombèrent simultanément en garde, les yeux comme rivés à la pointe ensanglantée de leurs armes.

«Dans les quelques passes qui suivirent, ils se touchèrent encore à plusieurs reprises. On voyait bien qu'ils ne se donnaient presque plus la peine de parer, et qu'animés par la vue du sang de l'un et de l'autre, tous deux ne songeaient plus qu'à tuer son ennemi.