—Le chef a fait entendre à la vieille mère, dit-il ensuite au chevalier, qu'il est ton ami qu'il ne veut aucun mal à cette femme et que lui aussi est chrétien. Elle est satisfaite. Je n'ai rien à craindre. Parlons.
—A vous ordres, chef.
—Que mon fils me dise d'abord pourquoi on l'avait attaché au bûcher quand je suis entré dans la bourgade?
Mornac raconta en quelques mots sa malheureuse tentative de fuite avec mademoiselle de Richecourt.
Le Huron sourit plusieurs fois au récit de cette imprudente escapade et repartit:
—Il faut que mon fils soit bien inexpérimenté pour avoir agi de la sorte et qu'il connaisse bien peu les hommes de ce pays pour avoir cru leur échapper aussi facilement. N'importe, le jeune homme est brave. Je l'ai bien vu lorsqu'il était sur le bûcher. Aussi allais-je me dévouer pour lui et tâcher de couper ses liens et de m'enfuir avec lui. Mais le grand bruit que les esprits ont fait en secouant la terre, et le dévouement de la belle vierge blanche m'ont devancé. Je vais essayer de vous faire fuir, moi, en y mettant toute la ruse d'un vieux chef. L'autre homme à la face pâle, où est-il?
—Vilarme?
—Oui.
—Ne nous inquiétons pas de lui, et puisse-t-il rester ici où il est bien plus à sa place qu'en pays civilisé. A moins que vous n'aimiez mieux que je le tue avant de partir.
Le chef huron ouvrit de grands yeux en découvrant cette haine mortelle qui lui semblait exister entre Vilarme et Mornac.