Pourtant si le soldat eût fait quelques pas dans le terre-plein vers la gorge du bastion, et qu'il se fût tant soit peu penché sur le rempart, à gauche, il eût vu, à l'extérieur du fort, un homme qui, s'accrochant dans les interstices des pièces de la charpente qu'on n'avait pas encore eu le temps de revêtir de planches unies, montait, montait doucement dans l'angle formé par la courtine et le flanc du bastion.

Sa tête apparut par-dessus le rempart. Ses dents serrées mordaient la lame d'un long couteau à scalper.

A mesure que ses pieds s'élevaient, l'homme courbait son visage et sa poitrine sur la partie supérieure du rempart qu'il enjamba doucement et sans être vu.

Il se laissa glisser sans bruit jusqu'au parapet, et, silencieux comme une ombre, rampa vers la sentinelle.

Le soldat qui croyait voir maintenant l'ondulation du sol recommencer et s'accentuer davantage en se rapprochant, pensa qu'il valait mieux donner l'alarme. Il soufflait sur sa mèche allumée afin d'en raviver la flamme, quand cinq doigts de fer tenaillèrent sa gorge. Puis il ressentit un coup violent à la poitrine et le froid horrible d'une lame d'acier qui lui perçait le coeur.

La mère et la fiancée qui veillaient là-bas, au coin du feu, dans une chaumière de France, durent sentir à l'âme, en cet instant, une poignante douleur.

Sans pousser un seul cri, le malheureux tomba mort.

L'assassin lui ôta son mousquet et s'appuya, comme l'était auparavant la sentinelle, dans l'angle le plus avancé du bastion.

Il se pencha quelque peu par-dessus le rempart et imita deux fois avec sa langue les stridulations de la sauterelle.

Vingt, trente, quarante hommes lui apparurent au pied du bastion que les premiers arrivés se mirent à escalader sans le moindre bruit.