CHAPITRE VIII
UNE HORRIBLE NUIT
Après une course furieuse à travers le bois, les Iroquois s'arrêtèrent sur la grève, vingt arpents à l'ouest de la rivière à Lacaille, avec leurs captifs et les deux cadavres de leurs compagnons. En un instant ils mirent leurs pirogues à l'eau, y couchèrent les deux morts ainsi que les prisonniers bien garrottés, et se mirent à remonter le fleuve à toute vitesse.
Ils ramèrent pendant près de deux heures à force de bras, jusqu'à ce qu'ils eussent un peu dépassé la Pointe de Saint-Vallier.
La marée commençait alors à baisser, ce qui donnait aux rameurs beaucoup de peine à remonter le courant. Sue les ordres de Griffe-d'Ours, les canots obliquèrent à droite pour relâcher à la petite île Madame sise au milieu du fleuve, à une courte distance du pied de l'île d'Orléans.
Il pouvait être trois heures.
Les Iroquois se concertèrent entre eux après être débarqués. Puis ils prirent les deux cadavres, et poussant devant eux les captifs, s'enfoncèrent un peu dans l'intérieur de l'île.
A une couple d'arpents du rivage, ils s'arrêtèrent, et Griffe-d'Ours dit aux prisonniers après les avoir débarrassé de leurs liens:
—Si les face pâles refusent d'obéir et font mine de se sauver, nous les tuerons tout de suite comme des chiens qu'ils sont. Les blancs vont creuser ici un trou pour y enterrer les deux guerriers qu'ils ont tués. Le corps des braves ne doit pas rester exposé à la voracité des bêtes et des oiseaux de proie.
Les Iroquois désignèrent le lieu précis et la grandeur de la fosse et firent signe à Jean de commencer à creuser.